13Août/20
Torajas

Les Torajas : une cohabitation avec leurs morts

Retirés dans les montagnes de l’île de Sulawesi en Indonésie, les Torajas, un groupe ethnique indigène pratique un étonnant rite funéraire. La mort ne les effraie pas. En attendant que les funérailles soient organisées, les familles gardent le cœur de leur défunt chez eux et s’occupe de lui comme s’il était un simple malade. Et c’est lors de mon voyage que j’ai pu assister à des funérailles spectaculaires.

Extrait du livre « Et si c’était mieux là-bas » ?

Torajas« Il faut encore huit heures de voyage éreintant en bus déglingué pour rejoindre Rantepao au centre de l’île. Nous sommes en pays toraja, l’autre ethnie importante de l’île. Les paysages sont d’une beauté à couper le souffle : des rizières alentours déclinent tous les tons de vert et au loin les montagnes recouvertes de jungle laissent apparaître leurs falaises.

Rantepao est une petite ville agréable ; partout il y a des arbres en fleurs, certaines sont rouges et grosses comme de petits ballons, d’autres, de longues cloches blanches, mesurent une trentaine de centimètres. Nous rencontrons Claire dans notre Losmen (petit hôtel bon marché), une Anglaise sympa qui se joint à nous. Elle est dentiste, à 28 ans et a quitté l’Angleterre il y a trois ans. Elle a travaillé comme dentiste et professeur à l’université au Cambodge, au Vietnam et en Nouvelle Zélande. Comme la plupart des filles qui voyagent seules, elle a un caractère bien trempé, elle possède aussi cet irrésistible humour british.

Il pleut souvent à Sulawesi, ce qui explique cette exubérance de la nature ici. Nous louons une voiture et visitons les alentours. Les rizières ont une particularité ici, un trou y a été aménagé afin de piéger les anguilles. Parfois, au milieu de la rizière s’élève une colline avec quelques maisons entourées de bambous géants, de bananiers et de cocotiers.

Les maisons torajas sont montées sur pilotis et font face à un grenier à riz qui est Torajasleur réplique en plus petit. Les murs en bois sont sculptés et peints. Ce qui les distingue, c’est la toiture en forme de corne de buffle dont les extrémités peuvent s’élever à une quinzaine de mètres. Elle est construite à l’aide de milliers de bambous entrecroisés qui lui assurent une étanchéité parfaite.

J’apprendrai, en les examinant de plus près, que l’on retrouve partout les mêmes symboles et les mêmes couleurs sculptés sur les murs : le cercle représente la terre, le triangle le soleil, le coq relie l’homme à l’un et à l’autre. On retrouve aussi le Katik, oiseau magique, et toujours le buffle. Un gros pilier soutient l’avant du toit devant la maison. Parfois, des dizaines de cornes de buffles y sont accrochées l’une au-dessus de l’autre, elles témoignent de l’importance de la famille.

Les villages comptent rarement plus de trois cents habitants, ils sont organisés en seigneuries dominées par les familles nobles. Les buffles sont l’objet de toutes les attentions ; c’est le seul endroit d’Asie où ils se prélassent dans la boue quand les paysans travaillent. Pour les Torajas, la mort fait partie de la vie : ils travailleront toute leur vie afin de posséder suffisamment de buffles qu’ils sacrifieront à leur mort. Ils prendront ainsi place parmi leurs ancêtres et protégeront leurs descendants. Sans funérailles appropriées, l’âme du défunt pourrait causer des troubles à la famille.

Les Torajas ont été convertis au protestantisme par les pasteurs hollandais mais les traditions animistes restent profondément ancrées.

TorajasNous arrivons dans une vallée couverte de rizières et bordée de hautes falaises où sont placées des Tau-tau, petites effigies sculptées pour les castes supérieures et placées dans des niches creusées dans la falaise. Ainsi l’esprit des ancêtres continue de veiller sur le village.

Je reviendrai souvent ici. Quelques années plus tard, les statuettes auront été volées pour décorer les maisons de riches occidentaux ; elles furent remplacées par des copies, mais ces vols causèrent beaucoup d’émotion dans leur communauté : un ami torajas m’a confié plus tard que c’était comme si on lui avait enlevé son père une seconde fois ; c’est difficile à comprendre pour nous car leur conception de la vie et de la mort est complètement différente de la nôtre.

Des funérailles torajas auront lieu demain, c’est la partie la plus spectaculaire de leur culture. Nous arrivons dans le village où va se tenir le sacrifice. Des gens vêtus de sarongs noirs et de tee-shirts blancs forment un cercle, se tiennent les mains et entament un chant lancinant ; il s’agit plutôt de sons car ils font des HAAAA, HOOOO, HAAAA en sautant légèrement sur leurs talons ce qui produit un effet étrange. Je me rapproche des maisons et très vite on m’invite à y entrer. Ils sont accueillants et curieux. En buvant le thé, j’apprends que la personne dont on célèbre les funérailles est une femme qui fut aimée et respectée. Elle est morte il y a sept ans.

TorajasDurant tout ce temps, la famille a travaillé dur pour organiser ces funérailles. La dame a été momifiée grâce à des injections régulières de formol et est restée dans la maison sur une chaise. Cette pratique devient rare, je la rencontrerai encore une fois au cours de mes voyages. La défunte parée de ses plus beaux habits traditionnels et de ses bijoux trône dans un coin de la pièce, ils disent bien que cela ne sent pas très bon mais il importe de lui offrir des funérailles dignes de ce nom. Certains vendent des terres, se ruinent même pour acheter des buffles car plus il y en a, mieux l’esprit de la personne sera conduit vers l’au-delà (c’est aussi une question de prestige). Le gouvernement finira par imposer des quotas sur le nombre de buffles à sacrifier. Pour l’heure, il y en a soixante dont deux albinos -les plus chers-. Après le sacrifice, la viande sera répartie entre les convives : celui qui apporte un cochon recevra l’équivalent en viande ce qui entraîne toujours d’âpres négociations. Le reste sera vendu.

Après un rapide calcul, le prix de soixante buffles plus les taxes s’élève à plus de quarante mille dollars ! Le village, créé pour l’événement, est constitué d’une quinzaine de maisons en bambous à deux étages, disposées en cercle. Plus tard dans la journée viennent les sacrifices. Cochons d’abord. On les amène suspendus à des bambous transportés à dos d’homme. Ils sont posés à terre, les uns à côté des autres et assistent impuissants au massacre de leurs congénères en voyant le long poignard se rapprocher un peu plus chaque fois, puis viendront les buffles.”

 

Retrouvez tous mes voyages dans mon livre « Et si c’était mieux là-bas ? ».

La totalité des ventes du livre est reversé à un projet humanitaire mon association Kayumanis.

 

12Août/20
Népal

La demeure des Dieux : le Népal

Le Népal est un pays où les touristes s’empresse de découvrir chacun de ses recoins. C’est une destination connue dans le monde entier où les découvertes sont plus belles les unes que les autres. En 2015, le pays a connu un terrible tremblement de terre dont il se relève. Malgré cela, le Népal reste une expérience formidable à vivre où divers lieux et paysages sont à voir.

La Vallée de Katmandou

NépalSituée à 1300km d’altitude, la Vallée de Katmandou regorge de beaux villages et de promenades. Mais également d’ethnies comme les Newars qui sont les premiers habitants de la vallée et représente aujourd’hui près de la moitié de la population. La capitale népalaise et sa vallée vous feront découvrir des cités médiévales construites avec des briques rouges, des traditions et des savoir-faire ancestraux. Lieu de fascination et de croyance, la ville compte également de nombreux temples hindouistes et bouddhistes.

Le Mustang

Le msutang, NépalÀ 80 km de l’Annapruna, au nord du Népal se trouve le Mustang, des montagnes et des canyons à perte de vue qui irradient par ses paysages époustouflants. Au-delà de sa beauté irréelle, la région attire pour les traditions de ses habitants et les derniers vestiges d’une culture bouddhiste tibétaine qui tend à disparaitre de l’autre côté de la frontière. Autrefois interdit aux visiteurs étrangers, le Mustang est une destination préservée et authentique.

Étant une terre aride et minérale, le Mustang ne connait pas de mousson. Ainsi pour découvrir au mieux ce lieu époustouflant, nous vous conseillons d’y aller entre avril et novembre.

La vallée de Pokhara

NépalDirection l’ouest de la capitale, à 200 km se trouve la vallée subtropicale de Pokhara. Composée de trois grands lacs, elle est une des plus pittoresques du pays. Lorsque le ciel est dégagé, il vous est possible de contempler la chaîne des Annapurna et les monts Dhaulagiri, Himalchuli et Machhapuchhare. Un spectacle magnifique. L’ambiance paisible, les temples et musée ainsi que le décor qu’il l’entour à fait d’elle l’une des plus belles régions du pays.

Le Teraï

NépalLe Teraï est la partie népalaise de la plaine Indo-Gangétique qui couvre également une partie de l’Inde du Nord. La région se caractérise par son altitude basse (pour le Népal), son climat tropical et ses immenses forêts qui abritent une faune exceptionnelle. Elle est également parsemée de prairies marécageuses, de savanes et de forêts tropicales. Vous vous émerveillerez avec ses parc nationaux Chitwan et Bardia, avec les maisons de terres et ses villes sacrées.

Découvrez aussi ma rencontre avec le Dalaï Lama.

Retrouvez tous mes voyages dans mon livre « Et si c’était mieux là-bas ? ».

La totalité des ventes du livre est reversé à un projet humanitaire mon association Kayumanis.

12Août/20
dromadaire desert

Dromadaire Safari – Jaisalmer, Inde

À 100 km de la frontière du Pakistant en Inde, se trouve une ville du Rajasthan nommée Jaisalmer. Accompagné de mon ami, nous allons nous aventurer à dos de dromadaire dans le désert de Jaisalmer sur plusieurs centaines de kilomètres.

Extrait du livre « Et si c’était mieux là-bas » ?

JaisalmerA Jaisalmer, la grande attraction est le « camel safari », je ne suis jamais monté sur un dromadaire et connais mal le désert, ça fait deux bonnes raisons d’y aller. Il y fait plus de 40°. Nous partons pour quelques jours. Nous achetons de superbes turbans colorés, un peu pour nous protéger, un peu pour la frime. Ibrahim, notre guide parle un anglais rudimentaire mais compréhensible, c’est un grand musulman au visage buriné, Sandeep, son assistant, est un petit hindou toujours souriant. Tous deux sont sympathiques et sentent comme leurs bestiaux.

Nous chargeons les dromadaires avec nos affaires, la nourriture, les gamelles, les couvertures sans oublier les sacs de grains pour les bêtes.

C’est donc à plus de deux mètres du sol que nous découvrons le désert. Il s’étend à perte de vue, court à l’infini. Je mets mon walkman ; « groove is in your heard » du groupe Dee lite, retentit… Écouter cette musique qui passe dans toutes les boîtes de nuits des capitales occidentales, ici, au milieu de nulle part est complètement surréaliste. L’impression d’immensité est fantastique.

A la fin de la journée, quand les ombres s’allongent et que la lumière se fait ambrée, nous nous asseyons sur une dune, le regard perdu dans le soleil couchant. Le silence du désert a quelque chose d’irréel, pas un moteur, un animal, un oiseau ni même un insecte pour le troubler. Il peut même devenir oppressant. Nous rejoignons nos guides autour du feu pour manger et discuter. On se régale de samossas, de riz, de lentilles et de chapatis. Nous faisons tourner un joint, « thank you perry much my priend, is perry good medicine » déclare Ibrahim en dodelinant de la tête, le pétard en l’air. »

Les nuits sont froides, le turban devient alors une écharpe. Nous nous allongeons sur une couverture qui sent le chameau et en jetons une autre sur nous. Le ciel est magnifique. 

Dromadaire

Nous nous réveillons avec le soleil. Nos guides s’affairent déjà autour du feu et préparent des beignets et du tchaï. Ils proposent d’aller chercher de l’opium « perry good medecine, my priend, perry good ». Nous acceptons. Nous nous écartons de la route prévue pour rejoindre des villages perdus, coupés du monde. Les maisons sont en pisé ocre, décorées de dessins au henné. Les hommes, habillés de blanc, ont des turbans de couleur vive et les saris colorés des femmes tranchent sur l’ocre du désert. Après avoir visité plusieurs villages nous trouvons ce qu’il faut et regagnons la piste. Il y a peu d’eau par ici, nous remplissons nos gourdes d’eau fraîche aux rares puits que nous rencontrons. 

Trois jours après, nous ne supportons plus la bosse râpeuse du dromadaire, son lent balancement et le bruit qu’il fait quand il blatère en sortant sa grosse langue dans un bruit de chasse d’eau. J’ai mal partout. Je saute à terre et, tel Laurence d’Arabie, fièrement enturbanné, je marche en tirant mon chameau. Franck me rejoint. Nos guides ne comprennent pas pourquoi nous marchons côte à côte en discutant alors que nous payons pour une balade en dromadaire. Le soir, nous discutons autour du feu, le même sujet revient fréquemment : les femmes. Ils veulent tout savoir des Européennes. De mon côté, je leur dis que je trouve les Indiennes très belles mais plutôt farouches. Sandeep -qui a le cœur sur la main- me dit qu’il a un âne. A mon air dégoûté, il se rattrape en disant que « les ânes et les dromadaires, c’est plutôt les enfants qui font ça, pas les adultes, bien sûr »… Bien sûr ! Ibrahim me dit que si je veux Sandeep pour ce soir, il n’y a pas de problème. Je préfère changer de sujet.

 De retour, nous nous baladons dans le fort où nous connaissons maintenant plusieurs familles ; nous sommes invités ici et là pour prendre un tchaï. Nous prenons une boulette d’opium pour le coucher du soleil ; une sensation de paix nous gagne, l’esprit est clair et le corps merveilleusement détendu. Je suis léger, heureux, je regarde avec un grand sourire idiot les vendeurs me proposer leurs camelotes… »

 

Retrouvez tous mes voyages dans mon livre « Et si c’était mieux là-bas ? ».

La totalité des ventes du livre est reversé à un projet humanitaire mon association Kayumanis.

29Juil/20
Laos, pays au million d'éléphant

Le pays au million d’éléphants : le Laos

Au Sud-Est de l’Asie se trouve un pays traversé par le Mékong et réputé pour son terrain montagneux, son architecture coloniale française, ses monastères bouddhistes etc… Ce pays se nomme le Laos ou autrefois appelé le pays au million d’éléphants.

Extrait du livre « Et si c’était mieux là-bas » ?

« Quand les Français arrivèrent ici, le pays s’appelait Lanexane Laos roquet   (pays au million d’éléphants.) Le nom « Laos » vient du pluriel français de Lao en référence aux nombreux royaumes qu’il y avait alors. Les gens du pays disent « Lao » ; l’adjectif est également « lao ». Comme au Vietnam, on trouve ici baguettes et croissants. Il y a aussi un nombre incroyable de pharmacies et de sociétés d’import-export. Les vestiges de la guerre sont encore très présents : de vieilles plaques de désensablement américaines servent de haies à de nombreuses maisons. Des roquettes évidées sont devenues des pots de fleurs… 

En 1962, alors qu’une occupation communiste se dessinait au Laos, Kennedy émit l’idée d’une intervention. Une conférence internationale se tint à Genève et les pays participants signèrent un accord selon lequel le Laos resterait neutre. Pourtant jamais pays n’aura autant mérité le surnom d’échiquier : au plus grand mépris de l’accord signé, les Etats-Unis, le Nord Vietnam et la Chine posèrent, déplacèrent et y firent sauter leurs pions. Comme toute présence militaire y était interdite, la CIA -dans la plus importante opération paramilitaire jamais entreprise- entraîna et équipa une armée clandestine constituée d’ethnies des montagnes, principalement des Hmongs.

Supportée par des officiers de l’armée de l’air qui opéraient sous couverture civile, la CIA créa « Air America » une compagnie aérienne « civile ». De 1964 à 1973, il y eut au Laos l’un des plus gros trafics aériens au monde. Plus de cinq cent quatre-vingt mille vols meurtriers furent effectués : un bombardement toutes les huit minutes pendant neuf ans dans le plus grand secret.

Sur le chemin du retour, les avions revenaient les soutes pleines d’opium avec l’accord plus ou moins tacite de la CIA…

[…]

Luang Prabang est un petit paradis calme et vert, pour ainsi dire luang prabang laossans voiture ; la rue principale est bordée de frangipaniers et de belles bâtisses coloniales construites sous le protectorat français. A quelques pas seulement on retrouve la campagne lao avec ses charmants villages aux maisons de bois montées sur pilotis, ses mares couvertes de lotus et de liserons d’eau. Partout des moines en robe safran déambulent dans les rues ou psalmodient à l’ombre d’un banian (un arbre considéré comme sacré : Siddhârta aurait trouvé, sous son feuillage, l’Illumination pour devenir Bouddha)

Le Wat Xieng Thong est un somptueux monastère construit au XIVe siècle, c’est le plus beau temple que j’aie jamais vu. Les toits Temple wat xieng thong Laosincurvés semblent caresser le sol et les portes sculptées sont dorées à la feuille d’or. L’intérieur est tout aussi délicat, les murs sont couverts de motifs harmonieux, réalisés à la feuille d’or.

Au marché de Luang Prabang, on trouve de tout : serpents, tortues, insectes divers, œufs de fourmi… la nourriture est variée. Il y a aussi des balances à opium enfermées dans un étui de bois en forme de guitare. J’observe deux vieilles dames en costume traditionnel lahu qui pèsent tranquillement un morceau d’opium à l’aide de petits poids en forme d’oiseaux; elles surprennent mon regard incrédule et s’en amusent. Des marchandes yaos avec leurs bébés rieurs coiffés d’un bonnet à pompons, accrochés à leur dos sont assises à côté de Hmongs aux lèvres rougies par le bétel devant les étals de légumes posés à même le sol. On s’offre pour une poignée de kips (monnaie lao) de la soie sauvage aux dessins géométriques, magnifiquement tissés, de vieilles pièces de monnaie du temps des colonies, le tout dans des effluves de soupe à la citronnelle et à la coriandre qui mijotent sur des réchauds. Ici règne la philosophie du bo pen niang (ce n’est pas grave), qui fait des Lao un peuple indolent, souriant et pacifique ; sans doute l’un des plus doux au monde.

Nous partons ce matin avec un long bateau à moteur jusqu’aux grottes de Pak Ou. Circuler sur le Mékong permet d’admirer de magnifiques paysages dans une atmosphère sereine. Parfois un speed boat vient briser cette quiétude ; ce sont de petits bateaux pneumatiques qui transportent une demi-douzaine de passagers, chacun assis, genoux repliés sur la poitrine, avec casque et gilet de sauvetage. Ils foncent à une quarantaine de km/h.

Laos grottes de Pak OuLes grottes de Pak Ou se trouvent dans une falaise le long du Mékong. Nous y accédons par un escalier creusé à même la roche. En Asie, on dit « une statue de Bouddha, c’est beau, deux statues de Bouddha, c’est deux fois plus beau, trois… » Dans cette grotte, j’en découvre mille, certaines très anciennes en bronze, en pierre mais la plupart sont en bois dorés à la feuille d’or. C’est magnifique, mille fois beau. Ils ont une représentation du Bouddha qui n’existe nulle part ailleurs : debout, épaules droites, bras le long du corps, les lobes des oreilles allongés, les sourcils arqués et le nez aquilin : c’est la position dite de « l’appel de la pluie ». Sur les routes poussiéreuses, les gamins nous saluent de joyeux sabaidee falang. (Bonjour étranger). Chaque village possède son terrain de pétanque. On nous invite toujours à boire le thé, partager quelques patates douces…

Non loin de Vientiane, il y a un lac artificiel ; les besoins en électricité toujours plus importants de son riche voisin thaïlandais ont nécessité d’inonder une vallée. Plusieurs villages construits en bambou se sont établis autour. J’en traverse un, deux puis trois, tous sont semblables : pas d’électricité, paradoxalement, des odeurs appétissantes s’échappent des quelques gargotes. Devant une cahute aux planches disjointes avec un rideau rose embroché sur un fil de fer, quelques filles trop fardées discutent en attendant le chaland. Je trouve l’atmosphère bizarre ; c’est pauvre mais je repère quelques gros 4X4 rutilants et de gros camions chargés de bois.

On dirait un de ces villages de chercheurs d’or ; les gens ont l’air dur, certains sont armés, d’autres mieux vêtus semblent être des négociants. La dame qui me sert un plat de nouilles sautées m’explique le village en me disant d’observer le lac : au centre flottent quelques barques sur lesquelles des scaphandriers s’apprêtent à descendre. Ce sont des bûcherons sous-marins. Ils descendent couper des essences nobles, teck, camphrier, acajou… restées au fond. De temps en temps, dans un grand bouillonnement, un arbre jaillit de l’eau, droit, comme soulevé puis retombe lourdement dans un grand fracas avant d’être remorqué sur la berge. »

Retrouvez tous mes voyages dans mon livre « Et si c’était mieux là-bas ? ».

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15Juil/20
Le Dalaï Lama couverture

Rencontre avec le Dalaï Lama

Dharamsala est une ville au nord de l’Inde ; parfois appelée la petite Lhassa car elle est la terre d’accueil du 14ème Dalaï Lama. Je l’ai rencontré lors d’un de mes passages.

Extrait du livre « Et si c’était mieux là-bas » ?

« A Dharamsala, le chauffeur mettra plus d’une heure avant d’arriver à ouvrir son coffre déglingué et à nous rendre nos bagages… après cette nuit passée dans son bus cabossé, on a juste envie d’une douche et de se reposer. Une fois installés, nous buvons un thé et parlons avec le patron de l’hôtel, un Tibétain que nous connaissons bien pour avoir séjourné ici au cours de précédents passages. Il nous dit que le Dalaï lama donne une audience aujourd’hui. On y va. En chemin, on nous recommande d’acheter des Kataks (écharpes en satin ou en soie à offrir en guise de cadeau). Arrivés dans sa grande maison, nous laissons nos noms et numéros de passeport, passons une fouille sévère qui ne nous laisserait pas même un cure dent, abandonnons nos sacs et même nos montres.

Inde

Le Dalaï lama représente pour moi la bonté ; son visage rayonne de ce petit sourire humble et malicieux qui ne le quitte jamais. Il incarne la lutte non-violente pour le respect des droits de l’homme, pour le droit d’un peuple à vivre libre et en paix ; je le respecte infiniment pour cela. Au niveau religieux, par contre il ne signifie rien pour moi. C’est une autre histoire pour la masse de pèlerins tibétains présents ; ils sont intimidés, apeurés, ébahis ; ils n’en reviennent pas d’être là. Ils vont rencontrer l’incarnation de leur Dieu, l’être qu’ils vénèrent le plus au monde. Je les trouve touchants ; c’est sans doute le moment le plus important de leur vie.

Dans la file je commence à faire l’imbécile avec Sandrine en me moquant de la dégaine de certains (derrière leur dos, car je suis très lâche). Il y a deux Américaines déguisées en Tibétaines avec robe, tablier, chapelet : la panoplie complète, elles avancent mains jointes, le regard lointain. Non loin d’elles, une Française, chapelet et mains jointes également, perdue dans je ne sais quelles pensées également, perdue dans je ne sais quelles pensées mystiques. Il y a vraiment des cas ici !

Partout on retrouve ces attitudes vestimentaires à la Dupont et Dupond en mission secrète cherchant à se fondre dans la population mais tombant systématiquement dans le folklore. Les Américaines sont les championnes ; en Inde, elles portent le sari, au Maroc, le caftan et le foulard sans oublier les dessins au henné sur les mains. Bien sûr, il y a toujours des Européens prompts au carnaval mais ça reste l’apanage des Américains. Je me demande s’il ne s’agit pas d’un complexe dû à la manière dont leur gouvernement aime à s’imposer dans le monde. Nous leur avons même trouvé un nom : les « culture shock » en référence à cette expression qu’ils utilisent à tort et à travers (ils ont même un guide de voyage qui porte ce nom).

Comme tout le monde, nous tenons notre Katak à la main pour l’offrir mais un garde du corps nous intime l’ordre de nous le mettre autour du cou et de ne plus l’enlever.

– Eh Sandrine, regarde celui avec sa peau de mouton sur le dos, il est pas beau lui, franchement ? C’est le carnaval de Rio ! Attend, attend, je ne l’avais pas vu celui-là derr…

– Attention, Monsieur le malin, ça va être à toi ! m’interrompt-elle en riant.

Je me retourne, tends machinalement la main… au moine qui se tient à côté du Dalaï LamaDalaï lama. Je le regarde et me dis « merde, c’est pas lui » je pivote légèrement ma main, le Dalaï lama la sert dans la sienne et me sourit. Je me sens stupide, je lui rends un sourire qui me semble niais puis dois laisser la place au suivant, je ne l’ai vu que dix secondes (et encore, je me vante), je savais que ça allait vite mais quand même. On m’avait parlé de sa poignée de main ferme et de son regard direct, de l’aura qu’il dégage. Je n’ai rien senti de tout ça, il m’a fait un sourire chaleureux mais bon il salue quand même deux cent cinquante inconnus sur une matinée ! Beaucoup de Tibétains sortent en pleurs, les Américaines ont reçu la lumière.

Les gens qui changent de religion m’ont toujours amusé ; adopter une religion d’ici me semble vraiment saugrenu. Comme chez nous au Moyen Age, la religion n’est pas qu’un rituel, c’est un mode de vie ; tout le monde est croyant ici, la question de la foi ne se pose même pas. Elle est présente dans les arts, l’architecture, les contes pour enfants ou encore l’alimentation. Qu’un Occidental suive les principes philosophiques du Bouddhisme ou de l’Hindouisme, pourquoi pas mais qu’il s’habille comme les gens d’ici, fasse des offrandes au temple et prie avec ferveur des Dieux dont il a entendu parler la semaine dernière, ça tient du Grand Guignol.

Je considérais déjà la conversion au judaïsme comme une plaisanterie, une opération purement théorique : on suit la religion car on l’a étudiée mais ça s’arrête là ; qu’est-ce que le judaïsme sans en comprendre l’humour, sans connaître ces milliers de petites choses qui le composent ? Encore une fois, c’est une culture, ça ne s’apprend pas, ça se vit. Alors celui qui va deux fois en Inde et trouve sa voie, tant mieux pour lui mais moi, je ne peux pas m’en empêcher : je ricane. »

 

Retrouvez tous mes voyages dans mon livre « Et si c’était mieux là-bas ? ».

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07Juil/20
Cité Angkor

Angkor : Les cités des Nymphes célestes

Au Cambodge dans une petite ville du nom de Siem Reap se trouve les anciens vestiges d’une des capitales de l’Empire khmer : la cité d’”Angkor”. Un des paysages les plus extraordinaires et stupéfiants que j’ai eu l’occasion de voir.

Extrait du livre « Et si c’était mieux là-bas ? »

Vestiges cité Angkor« L’architecture est grandiose, la beauté des sculptures et des bas-reliefs rivalisent avec celles de nos plus belles cathédrales. Nous consacrons presque toute la journée à Angkor Vat, les bas-reliefs qui racontent guerres et conquêtes sont magnifiques ; les cours intérieures, l’escalade vertigineuse des marches abruptes et érodées des temples, les murs d’enceinte, tout est sculpté et raconte leur histoire.

Angkor Vat est construit suivant un plan rectangulaire d’à peu près un kilomètre et demi de côté ; Angkor Thom, qui l’entoure, est un carré deux fois plus grand. Le Bayon en est le centre exact avec ses seize tours carrées, chacune ornée de quatre visages de deux mètres de haut constitués de gros blocs de pierre. Les visages aux sourires énigmatiques fixent les quatre points cardinaux de leurs yeux d’aveugles. Certaines semblent sortir de la jungle, d’autres se détachent sur le ciel azur. Toutes ces tours dominent un labyrinthe de galeries obscures abritant des milliers de chauves-souris.

La moto permet de circuler facilement et rapidement entre les différents temples, le site s’étend sur plus de deux cents kilomètres carrés. Le lendemain matin, nous retournons au Bayon ; la lumière matinale fait ressortir les sculptures, le soleil levant anime les bas-reliefs.

Durant les deux années où je vivrai au Cambodge, j’y reviendrai plus d’une quinzaine de fois et le parcourrai du Nord au Sud et d’Est en Ouest. A chacun de mes passages l’émotion reste intacte ; je découvrirai sans cesse de nouveaux détails, de nouvelles beautés ; au gré de la lumière les bas-reliefs apparaissent sous un jour nouveau.

Les Apsara, ces danseuses célestes, taillées dans la pierre semblent charnelles Moine cité Angkoravec leurs hanches pleines, leurs lèvres pulpeuses et leurs seins si ronds qu’ils appellent aux caresses. Une chose me surprenait : pourquoi ce peuple, si souriant avait sculpté ces magnifiques déesses avec un visage si grave ? Sur les deux mille cinq cents Apsaras recensées à Angkor, aucune ne sourit. Aucune sauf une, et je me souviens de mon émerveillement lorsque je l’ai découverte sous une pluie de mousson entouré de cette odeur puissante de terre et de végétation. L’eau l’avait rendue noire et luisante. Splendide.

Mais de tous les temples, c’est le Ta Phrom qui garde ma préférence ; englouti sous la jungle, des lianes sinueuses lèchent les murs, se coulent dans les fresques. Les immenses racines des fromagers à l’écorce argentée, ont déchaussé les blocs de pierre, faisant s’écrouler des murs. Partout, une végétation luxuriante étend ses bras, détruisant petit à petit ce qu’il a fallu des siècles pour construire. Dans ce temple où le silence n’est troublé que par le chant de quelques oiseaux tropicaux, j’aurai chaque fois le sentiment d’être un explorateur du début du siècle.

J’apprendrai que les archéologues de l’école française d’Extrême Orient n’ont jamais cherché à le restaurer : d’une part, la tâche aurait été titanesque car les racines des arbres pénètrent tout sur des centaines de mètres, étouffent les pierres sous leurs tentacules ; d’autre part ils ont voulu le garder comme un exemple de la domination de la jungle sur le temple : si on n’y prend garde, en moins de dix ans, la jungle engloutirait le site. »

Comme dans chaque temple, une nuée de gamins en guenilles courent à notre rencontre en riant pour nous vendre des boissons et des souvenirs. Ils sont beaux les enfants khmers.

Le Phrea Khan est un autre très beau temple, il baigne dans une étrange lumière glauque, presque irréelle, une lumière d’aquarium ; le silence de la forêt accentue encore cette impression étrange.

Nous voulons voir le Bantey Srei -l’un de plus beaux paraît-il. Le problème est qu’il se trouve à plus de dix-huit kilomètres et les pistes de sable qui y mènent sont peu sûres. Nous y allons le lendemain. 

[…]

statue cité AngkorSe trouver enfin devant ce site extraordinaire et si difficile d’accès me donne le sentiment d’être privilégié. En khmer, Bantey Srei signifie « la citadelle des femmes » il s’agit de trois sanctuaires magnifiquement sculptés. Ici, il faut payer une « taxe » d’entrée ; je présente la lettre et nos cartes aux militaires dépenaillés qui jouent aux dominos à l’entrée. Ils la regardent de longues minutes à l’envers, faisant semblant de lire avec attention, puis nous laissent entrer. Le chef vient me trouver peu après pour une nouvelle tentative, il me demande d’abord des cigarettes, comme je n’en ai pas, il veut des dollars me dit qu’il est garant de ma sécurité et bla bla bla. Il conclut par un « donne-moi 20 $ » « écoute, si tu veux de l’argent tu en demandes au check point ». J’ai été ferme. Il y a quelques personnes mais ils sont plutôt à l’écart, Sandrine est près de la porte d’entrée à une vingtaine de mètres. Il regarde la crosse de son pistolet qui dépasse de son pantalon, puis me regarde, menaçant. « I don’t pay » dis-je décidé, j’avance et l’écarte de mon chemin. Il m’énerve ce con, qu’est-ce qu’il va faire ? Me tuer ?

Ce temple en grès rose est une merveille et superbement conservé. D’innombrables niches abritent des statues d’une extraordinaire finesse, je n’avais encore jamais vu un tel souci du détail, c’est de la dentelle. Bantey Srei n’est pas aussi grand que les autres mais il est l’un des plus beaux. C’est ici que Malraux était venu faire ses « emplettes » à coup de burin.

Pendant les années qui suivirent, l’accès à ce temple fut de nombreuses fois fermé statue cité Angkorpuis rouvert. Cinq mois après notre passage il y eut de gros problèmes : les policiers de Siem Reap autorisaient les touristes à se rendre à Bantey Srei contre trente dollars par personne pour leur « protection », ils gagnaient ainsi pas mal d’argent.

Mais un jour, un minibus de touristes fut attaqué au lance-rocket, une Américaine perdu la vie, les autres furent gravement blessés. Il y eut de nombreux commentaires dans la presse : Sihanouk avait déclaré la route officiellement ouverte et ses opposants, pour le gêner, auraient fait sauter le minibus. On émit aussi l’idée que l’Américaine décédée était une experte en stratégie militaire en mission au Cambodge. On apprit le fin mot de l’affaire plus tard : il s’agissait juste d’une guerre entre policiers. Un policier gagne une vingtaine de dollars par mois, il est obligé de trouver des « trucs » comme la corruption, le vol ou le racket pour pouvoir vivre. Comme ceux de Bantey Srei ne gagnaient rien, ils firent sauter le minibus. Depuis, les flics de Siam Reap partagent et tout va bien, ils sont copains.

Le vol de statues et de bas-reliefs est rapidement devenu à la mode ; voler une pièce est grave mais pire encore est de casser ou scier des morceaux car c’est alors irrémédiablement perdu.

Quand Malraux vint dérober des bas-reliefs, les temples étaient encore enfouis sous une jungle inextricable. Je ne lui cherche pas d’excuses, je replace les choses dans leur contexte. Il faut imaginer un temple dont on ne connaît même plus l’existence, perdu au milieu de centaines de kilomètres de jungle impénétrable ; cela paraît moins dramatique. Ce n’est plus pareil aujourd’hui. Les plus graves dommages sont causés par les paysans des environs qui pour le compte d’hommes d’affaires de Phnom Penh ou de Bangkok, cassent les bustes au burin, scient les têtes, pillent les temples pour quelques dollars. Cela ne peut se faire sans la complicité des gardes, des policiers et des douaniers.

Tout s’achète ici. C’est inacceptable mais l’hypocrisie du gouvernement me semble pire encore quand ils condamnent -à grand renfort de publicité- un paysan misérable qui cherche juste à survivre. Allez parler de conservation du patrimoine à quelqu’un dont la famille a à peine de quoi manger. Combien de fois ai-je vu des bas-reliefs, des têtes et bustes provenant d’Angkor, d’Inde, ou d’Indonésie chez des antiquaires en Europe ou aux Etats Unis ; et combien de fois me suis-je entendu dire « si ce n’est pas moi qui les vend, ce sera un autre ».

Nous finissons toujours la journée au sommet de la petite colline face au temple d’Angkor pour voir le soleil se coucher sur ses tours.

Nous irons aussi nous balader en pirogue sur le lac Tonle sap, au milieu des villages flottants de pêcheurs, des éleveurs de serpents et de crocodiles. Un soir où nous buvions un thé dans une de ces cabanes sur pilotis nous eûmes la chance d’assister à l’un des plus beaux spectacles dont la nature a le secret ; lorsque le soleil en se couchant, passe sous la barre de nuages, nous assistons -c’est très rare- à un « soir doré », c’est un phénomène qui n’existe que dans les régions de mousson, les couleurs deviennent rouges, violettes, jaunes, oranges ; l’air chargé de millions de gouttelettes se met à briller de l’intérieur, on se croirait dans un film féérique ; tous les Khmers sortent sur leur ponton pour assister au spectacle. »

Retrouvez tous mes voyages dans mon livre « Et si c’était mieux là-bas ? ».

La totalité des ventes du livre est reversé à un projet humanitaire mon association Kayumanis.

30Juin/20
Cyclopousse Vietnam

Les camps de rééducation : Hanoï, Vietnam

1992, direction la grande ville du Nord : Hanoï. C’est dans cette ville que j’ai rencontré Van Loo, un professeur de français autrefois incarcéré dans un camps de rééducation pendant 10 ans. Il me raconte la vie carcérale…

Extrait du livre « Et si c’était mieux là-bas ? »

Vietnam Hanoï

« J’ai toujours aimé me balader en cyclopousse ; sa lenteur et le fait de ne pas être enfermé comme dans une voiture permet de prendre le temps de s’imprégner d’une ville. Mon guide a une barbichette à la Ho Chi Minh sous son chapeau Viêt-Cong. Comme d’habitude, il entame la conversation mais ce n’est pas pour se plaindre, comme souvent ; ses questions sont courtoises et posées dans un français parfait. Je lui demande où il a appris à si bien le parler. Il me dit être professeur à l’université de Hanoï mais comme son salaire ne lui permet pas de nourrir sa famille, il pédale l’après-midi. Je voudrais en savoir plus sur lui « vous savez, en France, lorsqu’on souhaite sympathiser avec quelqu’un, on l’invite au restaurant… je serais heureux de vous inviter ».

Il m’amène dans un petit restau au coin d’une rue. Nous discutons autour de brochettes de porc caramélisées et de rouleaux de printemps à tomber raide de bonheur. Ses traits sont réguliers mais son visage est marqué. Ses yeux surtout retiennent mon attention : doux et tristes mais empreints d’une dureté qui contraste bizarrement avec le personnage. Il est heureux de parler, monsieur Van Loo. Il a passé plus de dix ans dans un camp de rééducation, il me raconte l’horreur de la vie carcérale, du travail si dur que vous ne pouvez plus penser, des rations alimentaires qui vous maintiennent juste en vie, du sommeil insuffisant, de la peur constante, des mauvais traitements et des exécutions sommaires. Tout cela dans le but de vous conditionner.

– La rééducation n’avait pas de durée définie, impossible de savoir -comme le dernier des criminels- quand on pourrait sortir. Quand je suis arrivé, reprend-t-il, il y avait aussi quelques prisonniers américains. Le camp était perdu quelque part dans la jungle ; impossible de savoir où ; j’y suis arrivé comme j’en suis parti : les yeux bandés.

Il répond de bonne grâce à mes questions ; oui, il y a encore des camps de rééducation.

– Y a-t-il encore des Américains dedans ? 

– On ne peut pas savoir ; il faudrait qu’ils aient survécu à toutes ces années, ça me paraît difficile mais pas impossible. Le pays semble se rouvrir, on parle même de reprise du dialogue américano-vietnamien ; cela veut dire que s’il y a des survivants, ils n’en ont plus pour longtemps. Jamais le gouvernement ne les laisserait raconter.

Il enroule un nem dans une feuille de salade et quelques feuilles de menthe avant de le tremper dans la sauce.

Vietnam camps rééducation– Le communisme est le pire des régimes, reprend-il en secouant la tête ; l’idéologie n’est pas mauvaise à la base : elle veut l’égalité et le bien de tous. J’y ai cru moi aussi, je voulais que mon pays soit libéré des Français. Mais je me suis vite rendu compte que vivre sous les communistes était pire. Je reconnais aujourd’hui que les Français nous ont aussi apporté de bonnes choses ; mais que nous ont apporté les communistes à part du malheur ? Dans notre camp, il nous fallait écrire notre autobiographie, des dizaines de fois, le moindre changement, l’oubli du nom d’un membre de la famille ou une faute d’orthographe dans son nom était suspect et pouvait entraîner des punitions graves. J’ai eu la chance d’avoir reçu une bonne éducation. J’aurais pu mettre mon savoir au service de mon pays qui en avait besoin après la guerre, au lieu de cela, j’ai ânonné des stupidités dans un camp sordide. Les séances d’autocritique étaient quotidiennes, nous devions dénoncer nos fautes et, pire, celles de nos codétenus. Imaginez le climat détestable entre nous ; n’importe qui pouvait vous dénoncer pour quelques grains de riz en plus. Je n’ai jamais su pourquoi j’avais été interné, j’ai été dénoncé mais par qui et pour quelle raison, je ne le saurai jamais. Connaissez-vous cette chanson de Michel Sardou qui parle de la Russie et qui dit « le temps s’est écoulé, il a passé pour rien » c’est exactement ce que je ressens, ils ont gâché ma vie, ils me l’ont volée ». 

Il sait que les jours de ce régime sont comptés ; ses enfants qu’il n’a pas vu grandir connaîtront un meilleur sort. Quand il me raccompagne à l’hôtel, j’ai besoin de boire un coup avec mes copains, de parler de choses futiles.

Aujourd’hui c’est la fête du Têt : le nouvel an chinois. Le soir, tout le monde se retrouve autour du lac, il y a une île sur laquelle est construite une petite pagode où il est écrit en lettres lumineuses « Chuc Mung Nam Noï (heureuse année) ». Derrière cette enseigne, des canons tirent des feux d’artifices. Il y a des milliers de personnes et chacun a des pétards. Bientôt, des centaines de couleurs explosent au-dessus du lac. Le bruit s’intensifie jusqu’à devenir assourdissant. Il semble venir par vagues de l’autre côté du lac. A minuit, c’est la folie. La fumée âcre forme un brouillard qui vous brûle la gorge, le bruit est insupportable. C’est le moment de rentrer. C’est une jolie fête, tout le monde est content, les enfants courent partout, chacun a revêtu ses plus beaux habits. 

[…]

Maison centrale Vietnam : camps de rééducationNous passons la journée à vélo dans la ville ; en passant devant la prison, je réprime un frisson ; son austérité a quelque chose d’effrayant. On ose à peine imaginer l’intérieur ; c’est dans cet établissement de sinistre mémoire –appelé d’abord « maison centrale » par les Français, puis Hanoï Hilton, que les prisonniers américains durent déclarer devant des caméras que leur pays était dans l’erreur, que le communisme était la seule solution et affirmer qu’ils étaient bien traités. Un des prisonniers, par clignement des paupières parvint à envoyer un message en morse. Les Américains purent déchiffrer « torture ». Une vingtaine d’années plus tard, cette prison deviendra un musée ; une guillotine restera comme symbole des crimes commis par les Français sous la colonisation, mais bien sûr rien n’attestera ceux commis par les communistes. 

[…]

Le lendemain, c’est le départ. Sur le tarmac de l’aéroport de Hanoï, entre les vieuxTupolev de la Vietnam Airlines, deux GI’s décontractés, mâchent du chewing gum face à une vingtaine de boîtes métalliques. Ma première réaction est de chercher les caméras mais il s’agit de vrais soldats. J’apprends qu’ils sont venus chercher les corps des leurs, tombés il y a vingt ans. Le visage et la voix de Monsieur Van Loo me reviennent en mémoire « …on parle même de reprise du dialogue américano-vietnamien ; s’il reste des survivants, ils n’en ont plus pour enfant Vietnamlongtemps, jamais ils ne leur laisseront raconter ce qu’ils ont vécu. Le Vietnam est un beau pays, les gens sont gentils, préservés du tourisme de masse ; ce fut un voyage fort, j’ai rencontré des gens remarquables qui m’ont raconté leur histoire, m’ont ému et fait réfléchir. Toutefois, je n’ai pas eu ce sentiment de liberté dont j’ai l’habitude en voyage, le régime est encore trop oppressant.

Nous arrivons à Bangkok, il y a plein de touristes en cette saison. Je retrouve Yoram, Deepak et Braham, dans un restau pour un dernier repas ensemble. Yoram aurait voulu aller en Indonésie mais en tant qu’Israélien, il s’est vu refuser le visa. Deepak et Braham rentrent en Australie. Moi, je ne sais pas encore : je ne connais pas la Malaisie, le Laos me plairait, mais le visa n’est valable qu’une semaine ce qui ne présente aucun intérêt pour moi. Je pense au Népal, c’est la bonne saison maintenant. Je vais aller marché un peu dans l’Himalaya !

On trinque une dernière fois « à l’amitié, l’amour, la joie ».

 

Retrouvez tous mes voyages dans mon livre « Et si c’était mieux là-bas ? ».

La totalité des ventes du livre est reversé à un projet humanitaire mon association Kayumanis.

26Juin/20

Mes premiers pas sur le sol du Vietnam : ACTION !

Saïgon se trouve Sud du Vietnam. C’est dans cette ville que je vais vivre une expérience unique et marquante. Celle d’être acteur dans un film sur la guerre du Vietnam. Nous sommes en 1992, c’est la première fois que je me pose dans un pays anciennement colonisé par la France ; comment les gens réagiront ils ? La question est légitime. Et lorsqu’on me propose de jouer le GI, je trouve que je cumule un peu 😉

Voici un extrait de mon livre « Et si c’était mieux là-bas » dans lequel je vous compte mon histoire.Vietnam paysage

« C’est la première fois que je voyage dans un pays anciennement colonisé par les Français… Comment les gens vont-ils réagir à mon égard ? Froideur, hostilité ? C’est tout le contraire, beaucoup parlent français et sont heureux de discuter avec moi. Ils sont souriants et communicatifs. Les femmes sont charmantes avec leur Ao dai, cette longue tunique bleue fendue sur les côtés et portée sur un large pantalon blanc. Par coquetterie ou souci de garder leur teint laiteux, elles portent des gants montant jusqu’au coude. Un chapeau conique maintenu à l’aide d’un petit ruban achève ce qui ressemble presque à un uniforme tant il est courant. Il n’y a pour ainsi dire pas de touristes, juste quelques routards ici et là.

Tous se retrouvent aux mêmes endroits ; c’est comme ça que j’atterris au Kim café. Kim est une jeune Vietnamienne parlant bien le français. Elle m’explique tout ce que je dois savoir concernant les différents permis pour voyager dans le pays. Le Vietnam vient d’ouvrir ses portes au tourisme et il faut un permis pour chaque région traversée ; pas question de faire un pas de côté. Elle ajoute qu’un film se tourne en ce moment à l’ex-ambassade américaine. Elle s’occupe du recrutement des figurants et si ça m’intéresse je peux venir avec elle. Nous y allons à moto. En chemin, je suis surpris de voir une centaine de prostituées qui me font toutes de grands signes joyeux -que je leur retourne amicalement, en jeune homme bien élevé- on m’avait dit qu’elles avaient toutes été internées en camps de rééducation ou qu’elles avaient fui à Phnom Penh.

Je découvre cette fameuse ambassade, théâtre de tant de tragédies, de souffrances et de désespoir. C’est un énorme cube ; on dirait qu’une gangue de béton, percée de petites fenêtres, recouvre le bâtiment initial. Je m’inscris pour le lendemain ; mon cachet n’est pas celui de Stallone mais je suis curieux d’assister à un tournage. Le soir, au Kim café, je déguste avec plaisir une délicieuse baguette croustillante à la vache qui rit et crudités. L’héritage colonial a du bon !

[…]

Les deux premiers étages de l’ex-ambassade américaine sont occupés par une compagnie pétrolière. C’est la première fois depuis 1975 que des étrangers y pénètrent. J’ai le choix entre jouer le civil ou le G.I. Je n’hésite pas une seconde : je vais jouer à la guerre. Le coiffeur du tournage rase mes longues boucles. On me donne un treillis, un gilet pare-balles, un poignard, une gourde et je signe un papier contre un M16 qu’on libère de ses chaînes dans un camion spécial, me voilà soldat. Il y a parmi les figurants un ancien G.I. à la retraite (il a une tête et un accent incroyable, une vraie caricature), il fut envoyé ici à 17 ans, après une semaine de formation militaire. Il y a aussi une dizaine de métis viet-afro-américains qui vont jouer les GI’s noirs. Ils restent ensemble, leur vie ne doit pas être facile car les Vietnamiens sont très racistes envers les métis et ceux-ci sont bien typés. De plus, leur mère était certainement prostituée ; ça fait beaucoup à porter. 

On tourne la première scène : des Vietnamiens tentent de rentrer dans l’ambassade. Certains d’entres nous sont postés derrière des sacs de sable, d’autres leur crient de ne pas s’approcher donnant des coups de crosse sur la grille et filtrent les Américains et leurs femmes vietnamiennes. Moi, je me tiens virilement debout dans une jeep, derrière une mitrailleuse fixée sur un pied.Vietnam acteur

Le soir, cela devient plus amusant, c’est l’offensive du Têt. Je suis dans l’ambassade avec Don (l’ex-GI). Deux M.P. sont à l’extérieur et tirent sur les Viêt-Congs mais devant le nombre, ils se replient à l’intérieur. A ce moment Don et moi nous ruons dehors et tirons des rafales de balles à blanc. Nous nous faisons tuer presque instantanément, c’est impressionnant de les voir escalader le mur d’enceinte, hurlant comme des furieux en nous tirant dessus. Les pétards qui explosent autour de nous sont impressionnant de réalité, Don se prend au jeu, il vit le truc pour de bon.

On a eu l’occasion de discuter, c’est un gars simple mais sympa. Il vit de sa retraite de soldat aux Philippines. Je lui demande conseil de temps en temps sur les positions de combat à adopter, ça lui fait plaisir. Il nous montre ses blessures de guerre, nettoie son M60 (une mitrailleuse) avec sa brosse à dents et nous explique d’un air détaché la puissance ou le fonctionnement de telle ou telle arme… On ne comprend rien mais on fait semblant.

David, le réalisateur, est un Vietnamien émigré en Australie ; il vient me voir avec sa femme et me demande de revenir demain car ils trouvent que je suis « bien mort ». Le film est une série fleuve de vingt-quatre épisodes. Il paraît que c’est une histoire d’amour à l’eau de rose mais c’est pour la Corée, ça plaira là-bas. On finit en fin d’après-midi et nous allons tous chez Kim car Don est « fucking thirsty and fucking hungry, man »

Le lendemain, je joue une scène à l’intérieur de l’ambassade : huit Viêt-Congs ont investi un bureau. Avant de filmer, je répète deux fois la scène. « Action ». J’enfonce la porte d’un coup de pied et je les tue tous avec mon M60. Mon visage ne doit exprimer que la dureté. C’est difficile de porter cette lourde mitrailleuse d’une main -l’autre fait courir les cartouches. Mon cœur battait un peu avant la scène mais pendant c’est pire : le bruit assourdissant des coups de feu, les cris, les gars qui tombent, ensanglantés, la machine à écrire et les papiers qui volent en l’air… Ça faisait très réel. Et s’ils s’étaient trompés et avaient mis de vraies balles ? Dès qu’on entend le fameux « cut (4) » ils se relèvent en souriant et tout le monde applaudit tout le monde. Je suis presque soulagé de les voir se relever.

Vietnam film

Avant d’aller chercher notre cachet, nous rendons les armes, scrupuleusement inventoriées et rangées dans le camion. Il y a beaucoup de monde autour du trésorier. Yoram et mes autres copains israéliens sont encore occupés à enlever leurs jeans patte d’ef. et leurs chemises au col pelle à tarte de civils. Pour rire, je m’approche d’eux l’air contrarié.

– What happens, friend ? demande Yoram

– He’s a bastard, you know, he said he doesn’t want to pay the Jews (5)

La tête de Yoram ! Ce géant de deux mètres et de cent kilos de muscles qui fait partie des commandos israéliens se tourne lentement vers les autres et leur dit calmement quelque chose en hébreu. Lorsque je vois leurs têtes se transformer, j’arrête la plaisanterie. J’éclate de rire « non, non les gars, calmez-vous, je déconne, ce soir c’est la fête ! » dis-je en brandissant le paquet de dollars reçus pour tout le monde. Et c’est ce que nous nous appliquâmes à faire une bonne partie de la nuit.

Le lendemain, je laisse mon uniforme de GI pour celui d’un MP. Je marche dans les couloirs déserts de l’ambassade. Survient un Viêt-Cong ; je dégaine « hands up (6)» ! L’autre ne bouge pas, il a un rictus perfide, je répète : « hands up, shit face ». Il tente de dégainer et je tire. Il s’attendait sans doute à un coup de feu mais moi -élevé avec l’Arme Fatale- je tire, tel Mel Gibson, cinq balles en continuant d’avancer, ce qui l’oblige à mimer cinq fois le fait d’encaisser une balle.

Le dernier jour, David demande qui sait descendre en rappel, je lève la main ; je suis le seul.

– Tu te sens capable de descendre du toit de l’ambassade ? (elle fait une dizaine d’étages)

– Oui, pas de problème.

Je me retrouve là haut avec dix commandos coréens (des vrais), des cordes, baudriers et autres mousquetons… Ils ont des têtes toute rondes perpétuellement fendues d’un sourire mais je ne pense pas que ce soit des rigolos. Pendant qu’ils mettent en place leur matériel, je me promène entre les cheminées… je trouve une balle encore fichée dans l’une d’elles ; je la dégage avec mon poignard.

Une image me revient à l’esprit et avec elle ma gorge se serre. C’est, pour moi, l’une des photos les plus fortes réalisées à l’époque : un hélicoptère militaire débordant de gens est en vol stationnaire au-dessus du toit ; des bras tendus en sortent. Une femme, n’ayant pu embarquer lance son bébé pour que quelqu’un l’attrape. Que lui au moins échappe au malheur.

Vietnam équipe

Quand je vois les commandos se préparer, j’ai un doute « dites, les copains, comment vous descendez ? » Ils me montrent en riant ; ils ont compris que je comptais descendre comme en montagne : face à la paroi. Eux se mettent face au sol et courent sur le mur comme s’il s’agissait d’une route, la corde filant derrière eux. C’est effectivement plus efficace pour un soldat qui peut ainsi voir l’ennemi et utiliser son arme… c’est par contre beaucoup plus impressionnant ! Mais pas question de me dégonfler, je leur demande de me montrer comment ils tiennent la corde (contrairement à eux, j’ajoute une cordelette avec un nœud de sécurité) « Oh Plusik, vely gousss, Plusik » (prononciation mise à part, je suis surpris qu’ils connaissent la dénomination de ce nœud). C’est pas mal de descendre comme ça mais je me suis fait peur. 

Un an plus tard, attablé à une terrasse parisienne, je discute avec des amis quand un couple d’Asiatiques s’assoit à la table à côté. Ils ne comprennent pas la carte et le garçon -avec cette amabilité propre aux serveurs parisiens- les envoie plus ou moins se faire voir. Presque gêné, je leur traduis et leur suggère quelques plats. Nous sympathisons ; ils pensent m’avoir déjà vu… Je leur dis que je passe beaucoup de temps en Asie, mais je ne suis jamais allé en Corée. Puis je repense au film. “Farewell to Sang ba” me disent-ils en chœur en tapant dans leurs mains.

Photos, autographes.

Génial, je suis un people ! »

Retrouvez tous mes voyages dans mon livre « Et si c’était mieux là-bas ? ».

La totalité des ventes du livre est reversé à un projet humanitaire mon association Kayumanis.

26Juin/20

La mode de la « Bonne action – belle image »

Il y a une mode terriblement énervante : on se film en faisant une « bonne action » puis on la poste sur les réseaux pour montrer comme on est formidable ! Bon l’idée ne date pas d’hier, voici une petite aventure qui m’est arrivée dans la jungle thaïlandaise au début de mes voyages (la fin est assez amusante… elles devraient toujours finir comme ça !)

Nord de la Thaïlande 1989, extrait du livre « Et si c’était mieux là-bas ? »

« Après quelques heures de bus nous arrivons à Paï, une petite ville encaissée dans une jolie vallée. Le soir, Didier me présente Pot et Mong, les guides avec qui nous partons le lendemain. Yves et Josiane, un couple de Français, s’est inscrit entretemps. Elle est esthéticienne, lui employé.

            Après trois heures de marche nous nous arrêtons pour manger quelques bananes près d’une rivière, puis repartons pour encore trois heures fatigantes sous un soleil à peine tamisé par le feuillage des arbres. Accompagné des ronchonnements de Josiane qui peine. Nous arrivons enfin dans un village akhas. On est vraiment loin de tout. La coiffure des femmes est l’élément le plus impressionnant de leur magnifique costume, une sorte de casque orné de cercles d’argent, de pièces de monnaies de l’époque coloniale, de perles, de petits miroirs et de pompons colorés. Leurs robes noires courtes aux bords rouge et ambre sont assorties à leurs petits gilets.

Les maisons sont construites sur le même modèle : pilotis, murs de bambous tissés et toits en feuilles tressées. Elles sont propres, les déchets des repas tombent directement par les ajoures du plancher où poulets et cochons au ventre traînant par terre les font disparaître. C’est un beau village entouré de montagnes couvertes d’une jungle dense. Au cours de mon précédent trek, on trouvait partout des pancartes contre la déforestation, tant les arbres étaient clairsemés. C’était mon premier vrai contact avec la jungle et j’avais été impressionné mais là, je découvre autre chose : la jungle comme je l’imaginais, pleine de lianes et d’arbres géants, de bestioles et d’humidité, baignant dans une lumière tamisée.

Didier et moi jouons avec les enfants avant d’aller nous laver à la rivière. Dans la jungle, les toilettes sont rudimentaires mais bien organisées : on se met à l’abri d’un buisson avec une provision de cailloux et un bâton ; les cailloux pour éloigner les cochons qui veulent se précipiter sur leur pitance, le bâton, si on les a ratés.

            Après sa toilette, Josiane se remaquille, les femmes et les petites filles du village se rassemblent autour d’elle, émerveillées par ses produits. Une petite fille avance une main timide vers son mascara. « Ah non, je ne peux pas lui donner ça, c’est beaucoup trop cher ! » Toutes la regardent fascinées. Une jeune fille lui demande par gestes son bâton de rouge à lèvres, « enfin, Yves, dis-leur, quoi ! Un rouge à lèvres, c’est comme une culotte, ça ne se prête pas ! » Yves est le type même du mari soumis. Gêné, il se dandine, trouvant un intérêt subit à sa montre.

    Pot nous prépare un repas de roi avec du riz brun, du poulet, des légumes et des ananas. Le repas fini, nous discutons autour de l’âtre situé au centre de la pièce, quand un vieil homme au visage buriné dont l’unique chicot luit à la lumière des braises, nous amène une petite fille qui a une infection à la fesse. Je sors ma trousse mais alors que le vieux s’adresse à moi, Josiane déclare en farfouillant frénétiquement dans son sac qu’elle va s’en occuper. Madame joue donc à Médecin sans frontières en désinfectant la petite « mais enfin Yves, qu’est-ce que tu fabriques, prends des photos, quoi ! » « Mais non, pas comme ça, enfin ! » – elle abandonne la fillette pour régler le flash « voilà, tu me prends hein, minou ? » « Non, pas si près, recule… ».

Plus tard dans la soirée, une dame que j’avais aidée à piler du riz -avec maladresse mais bonne volonté– me montre ses plants de pavots. Les fleurs ont perdu leurs pétales, il ne reste qu’une boule verte au sommet de la tige. A l’aide d’une petite griffe à trois lames elle incise plusieurs fois la capsule de haut en bas faisant perler un liquide blanc. Elle récoltera le lendemain cette sève devenue noire au contact de l’air. L’opium sera alors propre à la consommation.

Elle sort un morceau d’opium de sa poche, je découvre une pâte noire et compacte dont elle arrache un petit morceau. Il se détache comme un vieux chewing gum : élastique mais cassant net. L’odeur est végétale, le goût amer. Elle m’invite à en fumer ; je me couche en chien de fusil, la tête sur un coussin. Le goût est sucré, légèrement acidulé. Je prends trois pipes, je ne connais pas et préfère y aller doucement. Je n’ai pas senti grand-chose, une certaine décontraction peut-être.

            Le lendemain, Didier et moi nous amusons avec le petit singe apprivoisé de nos hôtes, Josiane nous le prend d’autorité et le met sur son épaule, le temps que Minou fasse une photo. Nous sommes face à la rivière à fumer un joint (bien qu’elle nous ait dit que c’était mauvais pour la santé).

– Regarde Didier, le singe lui pisse dans le dos. Je me retiens de rire. « Mais qu’est-ce qu’il fait le Doudou, ça me colle tout partout dans le dos » ; le singe monte sur sa tête et finit de se soulager dans ses cheveux crêpés, l’urine lui dégouline sur le visage. On éclate de rire. Les enfants et les adultes se joignent à nous et l’hilarité est générale. Madame n’a pas aimé, elle nous traite de petits cons. Elle ne nous parlera plus pendant les trois derniers jours. »

 

Ça vous a plus ? Voulez-vous en savoir plus ? Retrouvez mon livre « Et si c’était mieux là-bas ? ».

La totalité des ventes du livre est reversé à mon association Kayumanis, œuvrant pour développer le travail en Indonésie

08Juin/20

La cuisine du Sri Lanka à ne pas manquer

La cuisine du Sri Lanka à ne pas manquer

Un des aspects du Sri Lanka à découvrir est sa cuisine. On y découvre une variation de goûts et de texture étonnante et appétissante. Découvrons ensemble les plats incontournables.

Le traditionnel Rice & Curry :

Cuisine Sri Lanka Rice & curry

Un peu plus épicé que celui qu’on a l’habitude de réaliser dans les pays européens. Langue sensible s’abstenir. Il s’agit du plat national du pays. Composé d’une base de riz, le rice & curry est accompagné de dholl (sorte de crêpe salée garnie), de plusieurs currys à base de légumes, de poulet ou encore de poisson cuit dans le lait de coco et un mélange d’épice.

Le Hopper ou Appam

Préparé généralement pour le petit déjeuner, le hopper est une crêpe de farine de riz à base de lait de coco. Dans laquelle, ensuite, on y ajoute un œuf et quelques épices.

Le Kottu roti

Cuisine Sri Lanka Kottu roti

D’origine tamoul, le kottu roti est un mélange de fines crêpes de blés coupés en lamelles avec des légumes et des œufs brouillés. Esthétiquement douteux, ce plat vous convaincra de la véracité de la phrase « ne pas se fier au physique ». Goûteux et gourmand, il séduira vos papilles.

Cuisine Sri Lanka WattalapamLe Wattalapam

Au Sri Lanka, on penche plus pour le salé que le sucrée. Originaire de la Malaisie, le wattalapam est un dessert riche avec du lait de coco, des œufs et des épices comme la cannelle, de la cardamone et de la muscade. Il se rapproche beaucoup du flan.

Cuisine Sri Lanka Pol SambolaLe Pol Sambola

Au Sri Lanka, la noix de coco a une place importante dans la cuisine. En effet, c’est pourquoi beaucoup de plat contienne ce fruit : comme le Pol Sambola. Préparé à base de noix de coco fraîche râpée avec du piment et des oignons. Il peut accompagner tous types de plats.

Cuisine Sri Lanka PuttuLe puttu

Servi sucré ou salé, le puttu est un rouleau réalisé à base de farine de riz et de coco râpé. Il est ensuite cuit à la vapeur dans du bambou selon la méthode traditionnelle. Le puttu peut être accompagné avec du sucre de palme, des pois chiches au curry ou encore de la banane.

Cuisine Sri Lanka PattiesLe patties

Les patties sont des beignets farcis à base de lentilles épicées. Ils sont cuisinés de différents manières selon les goûts : avec de la viande, du poisson, des légumes… Pour apprécier toute leur saveur, ils doivent être dégustés avec des sauces plutôt relevées ou épicées.

Cuisine Sri Lanka DahlLe Dahl

Un incontournable : le dahl. Un plat très simple et gourmand à base de purée de lentilles plus ou moins épicées. Il peut s’accompagné de légumes frais ou de fruit.

 

Un article de cuisine qui donne l’eau à la bouche ! Pour plus de saveurs, découvrez les 10 plats typiques et traditionnels de la Grèce.

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La totalité des ventes du livre est reversé à mon association Kayumanis, œuvrant pour développer le travail en Indonésie