19Nov/22

Chefchaouen, Maroc 2022, une autre manière de « voyager »

Chefchaouen, Maroc 2022, une autre manière de « voyager »

Il y a des années, j’avais été «pris en main» d’autorité par un guide à Agra en Inde ; celui-ci m’a amené à tous les meilleurs endroits pour photographier le Taj Mahal. Il les avait préalablement repérés dans un livre. Des lieux sur lesquels des photographes à force de temps, de patience et de recherche avaient réussi leurs plus beaux clichés. Sous une arche afin d’encadrer ma photo, derrière un arbre pour lui donner plus de profondeur, à un point précis devant les fontaines où le mausolée se reflète entièrement, etc… J’avais trouvé l’idée excellente, cela m’aurait pris des heures pour les découvrir. Et puis j’ai toujours aimé l’inventivité de l’économie de la misère…

Chefchaouen est connue au Maroc comme « la ville bleue » ; elle est merveilleusement photogénique.

Elle se trouve au Nord du Pays, non loin de Tanger, dans les montagnes du Rif. Tout autour poussent à perte de vue des champs de cannabis qui apportent une touche de vert à l’ocre des montagnes. Nous y passons quelques jours car l’endroit est agréable.

Je découvre ici un autre métier : «guide Instagram».

Les guides amènent des touristes sur la dizaine de sites « Instagrammables » c’est-à-dire des endroits où des influenceuses se sont prises en photo et les ont postées.

Ils t’aident à prendre la pose, arrangent ta robe, ton chapeau, rectifient ton port de tête et te mitraillent avec ton portable.

J’avais remarqué cinq Chinoises vêtues de robes rouges, jaunes ou encore vertes éclatants portant de grands chapeaux assortis. Je trouvais leurs tenues étonnamment élégantes pour se promener dans un souk. En fait, elles sont venues se faire tirer le portrait aux mêmes endroits que leurs influenceuses préférées. La couleur de leur tenue avait été soigneusement choisie pour trancher avec le bleu des murs de la ville.

Elles attendent sagement, en file indienne que leurs amies aient fini pour prendre la pose à leur tour. Une fois le marathon Instagram terminé, elles sautent dans le bus pour Tanger (2h30) où les attendent leurs maris pour finir leur voyage.

Le thé avec Youssef

Par curiosité, j’ai bu un thé avec Youssef, l’un de ces guides, il vit de cela, me dit-il, elles arrivent le matin, se font photographier et repartent ensuite.

Ce n’est plus le voyage, l’échange culturel, la découverte de la gastronomie ou de la musique qui compte mais la bonne photo au bon endroit !

J’ai toujours favorisé la rencontre avec l’autre, c’est cela plus que le reste qui m’attirait dans les voyages. Je pense pouvoir dire que je suis ouvert d’esprit mais là, je n’arrive pas à comprendre ce narcissisme, ce désintérêt de l’autre au profit du sien.

Serait-ce le moment de me dire que je suis devenu un vieux con ?

Peut-être, mais pas sûr !

Lire aussi :

CHEFCHAOUEN, LA VILLE BLEUE DU MAROC : Y ALLER OU NON ?

 

 

 

 

 

 

27Avr/22
mine antipersonnelle au Cambodge

Les mines anti personnelles au Cambodge

Il y a quelques temps, j’ai rencontré Mike, lors d’un voyage au Cambodge. Nous avions assistés émerveillés à un ballet khmer ; les jeunes filles, vêtues comme des Apsaras, donnèrent une représentation exceptionnelle, ces danses sont aussi compliquées que codifiées. Il ne reste qu’une seule danseuse du Ballet Royal, une vielle dame –seule survivante de sa génération- qui enseigne son art aux jeunes filles pour qu’il ne disparaisse pas à tout jamais. Elles ont des gestes d’une grâce sans pareille, avec ces mouvements qui serpentent d’une main à l’autre, ces postures si gracieuses et si extrême-orientales.

Mike est australien, ancien officier de la légion étrangère, tombé amoureux du pays en 1992 alors qu’il était envoyé comme casque bleu pour sécuriser les élections. Aujourd’hui, il vend des peintures sur soie dans une échoppe et aide les démineurs. Il est installé avec Sopheap, sa femme, et Rupert, son python que je verrai grandir au fil de mes passages. En moins d’un an, je parviendrai à peine à le porter tant il était devenu lourd.

Un jour, il me parla des élections. Il faut savoir que Mike est un type au physique impressionnant : larges épaules, cou de taureau, des bras aux muscles noueux, tatoués de l’épaule au poignet. Mais le plus impressionnant reste ses yeux bleus perçants qui distillent tant un calme froid qu’une indicible force. Sergent à l’époque, il alla voir le commandant khmer rouge, « comme ça, pour mettre les choses au point, tu comprends ? », posant les poings écartés sur la table, il le regarda dans les yeux en détachant chaque syllabe.
– Une chose doit être claire : si un seul de mes hommes est blessé, de quelque manière que ce soit, au cours de vos petites attaques de merde, on enlève nos casques bleus, on remet nos képis et on vous tue tous.
Le Khmer rouge, qui n’était pas exactement un enfant de chœur, resta impassible mais on remarqua au cours des nombreuses attaques qu’ils firent tout au long des élections, qu’aucune ne fut jamais dirigée contre les légionnaires qui se prélassaient tranquillement dans leurs hamacs.
Il a tout compris de sa mission de casque bleu, quelques mots doux judicieusement placés valent mieux qu’une balle.

Mike garde dans son échoppe, un échantillon de chaque mine que l’on trouve ici ; il les maudit et veut montrer aux gens de passage à quel point ces armes sont destructrices. Quand il en parle, ses yeux s’enflamment, il s’emporte souvent contre ces fabricants de mort.

mine antipersonnelle au Cambodge

mine antipersonnelle au Cambodge

– Si le diable avait voulu faire du commerce, dit-il, c’est ça qu’il aurait choisi. Ces saletés ont été posées lors des différentes guerres, regarde, ça ce sont des « 72a et b », une mine chinoise posée par les Khmers rouges, ça c’est une « PM N2 », une mine soviétique posée plus tard par les Vietnamiens…

mine antipersonnelle au Cambodge

mine antipersonnelle au Cambodge

On la trouve couramment en Afghanistan ; peu de métal donc difficile à détecter, une pression de vingt kilos suffit à les faire exploser. Il y a aussi les mines « POMZ-2 » à fragmentation ou encore les mines bondissantes. Ce sont les modèles les plus répandus. Et puis il y a toujours les « UXO »(1) ces bombes et obus qui n’ont jamais explosé mais causent toujours un grand nombre d’accidents mortels tous les ans.

Le Cambodge est avec l’Afghanistan le pays le plus miné au monde. A l’origine, on utilise les mines pour se garder de ses ennemis et lorsqu’on mine un terrain, on fait un plan précis de leurs emplacements pour pouvoir y circuler et les récupérer le cas échéant. Au Cambodge, ils ne faisaient pas de plans. Les mines étaient le plus souvent abandonnées sur place… De toute manière, avec les pluies de la mousson, elles se déplacent et un plan serait vite obsolète. Plusieurs millions de mines furent placées au Cambodge. Une mine coûte entre 3$ et 128$, quand le déminage – à cause de la main d’œuvre, la logistique et le matériel qu’il nécessite – coûte de 30$ à 1000$ par mine. Reste un autre problème difficile à chiffrer mais tragique sur le plan économique : la non exploitation agricole des zones minées ou supposées telles. C’est un terrible facteur d’appauvrissement pour les paysans.

Mike m’explique qu’il y a deux façons de neutraliser une mine : on la localise au détecteur et on la fait sauter avec un bâton de dynamite ; c’est lent mais les risques sont réduits. L’autre méthode, la française, consiste à la situer au détecteur puis à la déterrer en plaçant une épingle dans la goupille (même principe qu’une grenade). On les met en tas puis on les fait sauter ; plus rapide mais plus risqué.
– “Les paysans s’en servent pour protéger leurs récoltes des voleurs, pour pêcher même… c’est un vrai fléau. J’ai beau en avoir désamorcé des centaines, la poussée d’adrénaline est toujours la même : la peur me noue l’estomac. Mais chaque fois que j’en neutralise une (ses yeux brillent), tu ne peux t’imaginer ce que je ressens : je me dis que je viens de sauver une vie.”

Sopheap, sa femme est infirmière pour une ONG ; lors d’un repas, elle m’explique qu’une personne sur deux ne survit pas à l’explosion d’une mine ; soit la victime a moins de douze ans et sa petite taille ne résiste pas à la déflagration, soit elle n’a pas l’argent pour se rendre à l’hôpital, soit encore, ce dernier, faute de personnel ou de médicaments ne peut dispenser les soins nécessaires. Il arrive souvent qu’une victime meure sur place des suites de ses blessures car personne n’ose aller la chercher de peur de sauter aussi.

Une prothèse coûte au minimum quarante dollars auxquels s’ajoutent dix heures de rééducation avec un spécialiste ; le moignon étant très sensible, la partie sur laquelle il repose doit être remodelée plusieurs fois ; une vingtaine de fois au cours de la croissance. Un adulte, lui en change environ quatre fois.

mine antipersonnelle au Cambodge

mines anti personnelles au Cambodge

17Juin/21

Un voyage culinaire en Asie

Lors de mes nombreux séjours en Asie, j’ai pu découvrir la diversité et la grande richesse de la cuisine asiatique. 

La nourriture asiatique est une des nourritures la plus populaire au monde. Mais la connaissez-vous réellement ? 

De la Chine, en passant par le Viêtnam, l’Indonésie, ou l’Inde… Laissez-moi vous faire découvrir une cuisine locale, authentique et bien différente que la nourriture asiatique que vous dégustez dans un restaurant asiatique en France !

Chacun des pays d’Asie a sa spécificité locale concernant la nourriture. 

La cuisine indonésienne 

La cuisine indonésienne par exemple, est très colorée, très variées et pleine de saveurs ! Elle est énormément basée sur les produits locaux. 

Le saviez-vous ? Il est impossible de trouver un plat qui ne contient pas au moins l’un de ces ingrédients : riz, noix de coco, banane, cacahuète et soja.

Le plat que j’ai préféré est sans aucun doute, le Rendang, un plat à base de bœuf mariné accompagné de son riz blanc !

Rendang - plat indonésien

 On trouve aussi du chiens, des chauves souris, du rat… 

plat chauve souris indonésiechauve souris indonésie

 

Une division entre le nord et le sud de la Chine

En Chine, j’ai pu apercevoir une différence flagrante entre le nord et sud du pays. On dit qu’en chine, on mange tout ce qui à quatre pattes sauf les tables, tout ce qui à deux pattes sauf les échelles et tout ce qui vole sauf les avions… c’est assez vrai 😉

Le nord de la Chine, dû à son climat plus froid et plus sec, privilégie la culture du blé. Contrairement au Nord, dans le Sud de la Chine, les habitants consomment uniquement du riz blanc ou des nouilles de riz. Ces aliments sont bien sûr, accompagnés de divers légumes et divers fruits. 

En Chine, les légumes sont davantage appréciés lorsqu’ils sont frais. Nous pouvons retrouver un grand nombre de marchés locaux et traditionnels vendant des produits frais. Il est très très rare de trouver de la nourriture surgelée ou en conserve ! 

Des habitudes alimentaires traditionnelles, mais qui peuvent choquer les étrangers. 

La chine est connu pour manger de nombreux plats composés d’animaux. Cela peut amener à choquer, voir dégoûter les étrangers et les touristes. On y retrouve du chien, divers insectes, des rats… Je peux comprendre le sentiment éprouvé de ces personnes-là. Néanmoins, chaque pays a une coutume différente. Il est fort probable qu’un Chinois voyageant en France soit hébété face à l’une de nos coutumes non ? C’est ce qu’on appelle de l’ethnocentrisme… c’est une question de tolérance. 

La cuisine vietnamienne 

Lors de mon voyage au Viêtnam et particulièrement au retour, j’ai remarqué que la cuisine vietnamienne est plutôt méconnue par rapport à d’autres cuisines asiatiques comme la cuisine chinoise ou japonaise. J’ai particulièrement apprécié la convivialité, l’esprit de partage autour des repas. 

Une chose surprenante (mais avec du recul ne l’est pas tant que ça) est que la cuisine vietnamienne privilégie le goût et non l’esthétique du plat. 

cuisine asiatique - repas vietnamien

Nous retrouvons un mélange d’herbes, d’épices, des méthodes de cuisson qui font toute la différence du peuple vietnamien. 

J’ai beaucoup apprécié la diversité gastronomique asiatique. En effet, j’ai trouvé les différences qu’on retrouves d’un pays à l’autre simplement fascinantes ! 

Découvrez d’autres anecdotes de mes divers voyages sur : https://conseils-de-voyages.com

21Mai/21

Souvenir du triangle d’or

En 15 ans de voyages, j’en ai beaucoup, il ne m’est pas facile de faire une sélection

Nous faisons quelques incursions en Birmanie, pas trop car il y a des troubles en ce moment. Nous commençons à apprécier cette végétation épaisse où les arbres sont parasités par toutes sortes de plantes qui augmentent encore le désordre sauvage. Contrairement à nos forêts entretenues, les arbres ici s’imbriquent les uns dans les autres. Des lianes moussues pendent dans un inextricable fouillis de végétation à l’infinie gamme des verts.

Nous allons dans des endroits vraiment reculés. Nous arrivons dans une tribu Akha dont certains membres arrivent juste des jungles birmanes et n’ont encore jamais vu de Blancs. Je n’ai pas trop de peine à approcher les enfants, mais Pinan nous recommande de ne pas nous asseoir trop près d’une vieille dame apeurée par notre présence. J’ai pu entrer en contact avec elle en passant par les enfants. Je me sers de diverses astuces pour me faire accepter, comme le zoom de mon appareil photo ou la lumière bleue de ma montre électronique, les enfants adorent ça. Là, j’ai sorti mon couteau suisse ; voyant les enfants fascinés, la vieille dame s’est petit à petit rapprochée. Je le lui ai mis en main, lui en ai expliqué l’usage, et c’était parti. Lorsque je mis le feu à un bout de papier grâce à la petite loupe et aux rayons du soleil, ce fut la gloire !

La marche est toujours difficile mais nous avons pris le rythme. Après une douzaine de jours, nous arrivons dans un village Meo, les habitants se révélèrent charmants mais le premier contact fut tendu. Nous gravissions la petite colline qui mène au village lorsqu’au sommet cinq types, l’air farouche, pointent leurs vieilles pétoires sur nous en aboyant dans leur dialecte. Pinan leur parle d’une voix calme et douce, il explique que nous venons en amis, que nous cherchons juste un toit pour la nuit. Nous ne comprenons rien à ce qui se dit et ne sommes pas rassurés. Finalement, ils se radoucissent, baissent les fusils et nous laissent passer en souriant. On se regarde le cœur battant, Pinan nous fait un clin d’œil. Ils nous offrent du thé et Pinan explique qu’il y a trois semaines, des gens venus de Bangkok, accompagnés d’un Blanc, ont emmené des filles contre paiement de trois cents dollars par tête -une fortune pour ces gens- assurant aux familles qu’elles auraient un travail comme employées de maison ou nounous à Bangkok. En fait, elles ont été envoyées dans des bordels ; les moins jolies ont travaillé comme esclaves dans des ateliers clandestins à coudre des vêtements de contrefaçon. Ils ont dit qu’ils reviendraient en prendre d’autres mais une des filles a réussi à s’échapper et à rentrer au village. Elle a expliqué ce qu’elle avait subi et les habitants -ces paysans pauvres et sans instruction- étaient furieux et les attendaient de pied ferme. Pour se faire pardonner de ce qu’ils ont considéré comme un manque d’hospitalité, une dame avec laquelle nous avions pas mal échangé m’offre un petit chapeau tissé à la main que l’enfant garde durant ses 3 premières années. Je l’ai toujours ! 

J’ai lu dans certains journaux que les familles vendaient leurs enfants dans des bordels de Bangkok. J’étais troublé. La réalité est bien sûr plus complexe. On donne aux parents de l’argent en leur promettant un futur stable pour leurs enfants et ceux-ci leur enverront une partie de leurs revenus. Pourquoi refuseraient-ils ? On parle aussi beaucoup dans ces journaux de pédophilie. Pour moi qui adore les enfants, c’est une abomination et ces malades doivent être traqués sans pitié. Toutefois, il faut savoir que les premiers consommateurs d’enfants en Asie sont les Asiatiques eux-mêmes qui pensent rajeunir par cette union. De plus il est toujours difficile de juger de l’âge d’un Asiatique, une fille de vingt ans peut facilement en paraître quinze voire moins, une aubaine pour des journalistes peu scrupuleux en mal de scoop. Mais je ne minimise pas le problème car il existe, je l’ai constaté à plusieurs reprises. Les « crocodiles », c’est ainsi que les enfants nomment les pédophiles blancs, existent bel et bien et viennent laisser libre cours au vice pour lequel ils seraient condamnés en Occident. Pinan m’expliquera qu’avec le nombre d’agences proposant des trekkings dans la jungle, une concurrence extrême s’est développée. Pour survivre, elles doivent se démarquer soit par des prix plus bas soit en apportant quelque chose de différent. Certains ont choisi les trekkings sexuels où le client passe, à chaque étape, une nuit avec une Méo, une Lisu, une Hmong

De retour à Chiang Maï, nous nous reposons, nous faisons masser, profitons des restaus et de la vie. Quelques semaines plus tard, Franck et moi nous séparons à Bangkok. Il rentre en France faute d’argent, ce fêtard invétéré a tout flambé ! Je continue vers le sud de la Thaïlande. 

Cette anecdote vous a plus ? Retrouvez-en plein d’autres dans ici : https://conseils-de-voyages.com

 

 

13Août/20
Torajas

Les Torajas : une cohabitation avec leurs morts

Retirés dans les montagnes de l’île de Sulawesi en Indonésie, les Torajas, un groupe ethnique indigène pratique un étonnant rite funéraire. La mort ne les effraie pas. En attendant que les funérailles soient organisées, les familles gardent le cœur de leur défunt chez eux et s’occupe de lui comme s’il était un simple malade. Et c’est lors de mon voyage que j’ai pu assister à des funérailles spectaculaires.

Extrait du livre « Et si c’était mieux là-bas » ? de Lionel Cieciura

Torajas« Il faut encore huit heures de voyage éreintant en bus déglingué pour rejoindre Rantepao au centre de l’île. Nous sommes en pays toraja, l’autre ethnie importante de l’île. Les paysages sont d’une beauté à couper le souffle : des rizières alentours déclinent tous les tons de vert et au loin les montagnes recouvertes de jungle laissent apparaître leurs falaises.

Rantepao est une petite ville agréable ; partout il y a des arbres en fleurs, certaines sont rouges et grosses comme de petits ballons, d’autres, de longues cloches blanches, mesurent une trentaine de centimètres. Nous rencontrons Claire dans notre Losmen (petit hôtel bon marché), une Anglaise sympa qui se joint à nous. Elle est dentiste, à 28 ans et a quitté l’Angleterre il y a trois ans. Elle a travaillé comme dentiste et professeur à l’université au Cambodge, au Vietnam et en Nouvelle Zélande. Comme la plupart des filles qui voyagent seules, elle a un caractère bien trempé, elle possède aussi cet irrésistible humour british.

Il pleut souvent à Sulawesi, ce qui explique cette exubérance de la nature ici. Nous louons une voiture et visitons les alentours. Les rizières ont une particularité ici, un trou y a été aménagé afin de piéger les anguilles. Parfois, au milieu de la rizière s’élève une colline avec quelques maisons entourées de bambous géants, de bananiers et de cocotiers.

Les maisons torajas sont montées sur pilotis et font face à un grenier à riz qui est Torajasleur réplique en plus petit. Les murs en bois sont sculptés et peints. Ce qui les distingue, c’est la toiture en forme de corne de buffle dont les extrémités peuvent s’élever à une quinzaine de mètres. Elle est construite à l’aide de milliers de bambous entrecroisés qui lui assurent une étanchéité parfaite.

J’apprendrai, en les examinant de plus près, que l’on retrouve partout les mêmes symboles et les mêmes couleurs sculptés sur les murs : le cercle représente la terre, le triangle le soleil, le coq relie l’homme à l’un et à l’autre. On retrouve aussi le Katik, oiseau magique, et toujours le buffle. Un gros pilier soutient l’avant du toit devant la maison. Parfois, des dizaines de cornes de buffles y sont accrochées l’une au-dessus de l’autre, elles témoignent de l’importance de la famille.

Les villages comptent rarement plus de trois cents habitants, ils sont organisés en seigneuries dominées par les familles nobles. Les buffles sont l’objet de toutes les attentions ; c’est le seul endroit d’Asie où ils se prélassent dans la boue quand les paysans travaillent. Pour les Torajas, la mort fait partie de la vie : ils travailleront toute leur vie afin de posséder suffisamment de buffles qu’ils sacrifieront à leur mort. Ils prendront ainsi place parmi leurs ancêtres et protégeront leurs descendants. Sans funérailles appropriées, l’âme du défunt pourrait causer des troubles à la famille.

Les Torajas ont été convertis au protestantisme par les pasteurs hollandais mais les traditions animistes restent profondément ancrées.

TorajasNous arrivons dans une vallée couverte de rizières et bordée de hautes falaises où sont placées des Tau-tau, petites effigies sculptées pour les castes supérieures et placées dans des niches creusées dans la falaise. Ainsi l’esprit des ancêtres continue de veiller sur le village.

Je reviendrai souvent ici. Quelques années plus tard, les statuettes auront été volées pour décorer les maisons de riches occidentaux ; elles furent remplacées par des copies, mais ces vols causèrent beaucoup d’émotion dans leur communauté : un ami torajas m’a confié plus tard que c’était comme si on lui avait enlevé son père une seconde fois ; c’est difficile à comprendre pour nous car leur conception de la vie et de la mort est complètement différente de la nôtre.

Des funérailles torajas auront lieu demain, c’est la partie la plus spectaculaire de leur culture. Nous arrivons dans le village où va se tenir le sacrifice. Des gens vêtus de sarongs noirs et de tee-shirts blancs forment un cercle, se tiennent les mains et entament un chant lancinant ; il s’agit plutôt de sons car ils font des HAAAA, HOOOO, HAAAA en sautant légèrement sur leurs talons ce qui produit un effet étrange. Je me rapproche des maisons et très vite on m’invite à y entrer. Ils sont accueillants et curieux. En buvant le thé, j’apprends que la personne dont on célèbre les funérailles est une femme qui fut aimée et respectée. Elle est morte il y a sept ans.

TorajasDurant tout ce temps, la famille a travaillé dur pour organiser ces funérailles. La dame a été momifiée grâce à des injections régulières de formol et est restée dans la maison sur une chaise. Cette pratique devient rare, je la rencontrerai encore une fois au cours de mes voyages. La défunte parée de ses plus beaux habits traditionnels et de ses bijoux trône dans un coin de la pièce, ils disent bien que cela ne sent pas très bon mais il importe de lui offrir des funérailles dignes de ce nom. Certains vendent des terres, se ruinent même pour acheter des buffles car plus il y en a, mieux l’esprit de la personne sera conduit vers l’au-delà (c’est aussi une question de prestige). Le gouvernement finira par imposer des quotas sur le nombre de buffles à sacrifier. Pour l’heure, il y en a soixante dont deux albinos -les plus chers-. Après le sacrifice, la viande sera répartie entre les convives : celui qui apporte un cochon recevra l’équivalent en viande ce qui entraîne toujours d’âpres négociations. Le reste sera vendu.

Après un rapide calcul, le prix de soixante buffles plus les taxes s’élève à plus de quarante mille dollars ! Le village, créé pour l’événement, est constitué d’une quinzaine de maisons en bambous à deux étages, disposées en cercle. Plus tard dans la journée viennent les sacrifices. Cochons d’abord. On les amène suspendus à des bambous transportés à dos d’homme. Ils sont posés à terre, les uns à côté des autres et assistent impuissants au massacre de leurs congénères en voyant le long poignard se rapprocher un peu plus chaque fois, puis viendront les buffles.”

 

Retrouvez tous mes voyages dans mon livre « Et si c’était mieux là-bas ? ».

La totalité des ventes du livre est reversé à un projet humanitaire soutenu depuis des années par mon association Kayumanis.

 

12Août/20
Népal

La demeure des Dieux : le Népal

Le Népal est un pays où les touristes s’empresse de découvrir chacun de ses recoins. C’est une destination connue dans le monde entier où les découvertes sont plus belles les unes que les autres. En 2015, le pays a connu un terrible tremblement de terre dont il se relève. Malgré cela, le Népal reste une expérience formidable à vivre où divers lieux et paysages sont à voir.

La Vallée de Katmandou

NépalSituée à 1300km d’altitude, la Vallée de Katmandou regorge de beaux villages et de promenades. Mais également d’ethnies comme les Newars qui sont les premiers habitants de la vallée et représente aujourd’hui près de la moitié de la population. La capitale népalaise et sa vallée vous feront découvrir des cités médiévales construites avec des briques rouges, des traditions et des savoir-faire ancestraux. Lieu de fascination et de croyance, la ville compte également de nombreux temples hindouistes et bouddhistes.

Le Mustang

Le msutang, NépalÀ 80 km de l’Annapruna, au nord du Népal se trouve le Mustang, des montagnes et des canyons à perte de vue qui irradient par ses paysages époustouflants. Au-delà de sa beauté irréelle, la région attire pour les traditions de ses habitants et les derniers vestiges d’une culture bouddhiste tibétaine qui tend à disparaitre de l’autre côté de la frontière. Autrefois interdit aux visiteurs étrangers, le Mustang est une destination préservée et authentique.

Étant une terre aride et minérale, le Mustang ne connait pas de mousson. Ainsi pour découvrir au mieux ce lieu époustouflant, nous vous conseillons d’y aller entre avril et novembre.

La vallée de Pokhara

NépalDirection l’ouest de la capitale, à 200 km se trouve la vallée subtropicale de Pokhara. Composée de trois grands lacs, elle est une des plus pittoresques du pays. Lorsque le ciel est dégagé, il vous est possible de contempler la chaîne des Annapurna et les monts Dhaulagiri, Himalchuli et Machhapuchhare. Un spectacle magnifique. L’ambiance paisible, les temples et musée ainsi que le décor qu’il l’entour à fait d’elle l’une des plus belles régions du pays.

Le Teraï

NépalLe Teraï est la partie népalaise de la plaine Indo-Gangétique qui couvre également une partie de l’Inde du Nord. La région se caractérise par son altitude basse (pour le Népal), son climat tropical et ses immenses forêts qui abritent une faune exceptionnelle. Elle est également parsemée de prairies marécageuses, de savanes et de forêts tropicales. Vous vous émerveillerez avec ses parc nationaux Chitwan et Bardia, avec les maisons de terres et ses villes sacrées.

Découvrez aussi ma rencontre avec le Dalaï Lama.

Retrouvez tous mes voyages dans mon livre « Et si c’était mieux là-bas ? ».

La totalité des ventes du livre est reversé à un projet humanitaire mon association Kayumanis.

12Août/20
dromadaire desert

Dromadaire Safari – Jaisalmer, Inde

À 100 km de la frontière du Pakistant en Inde, se trouve une ville du Rajasthan nommée Jaisalmer. Accompagné de mon ami, nous allons nous aventurer à dos de dromadaire dans le désert de Jaisalmer sur plusieurs centaines de kilomètres.

Extrait du livre « Et si c’était mieux là-bas » ?

JaisalmerA Jaisalmer, la grande attraction est le « camel safari », je ne suis jamais monté sur un dromadaire et connais mal le désert, ça fait deux bonnes raisons d’y aller. Il y fait plus de 40°. Nous partons pour quelques jours. Nous achetons de superbes turbans colorés, un peu pour nous protéger, un peu pour la frime. Ibrahim, notre guide parle un anglais rudimentaire mais compréhensible, c’est un grand musulman au visage buriné, Sandeep, son assistant, est un petit hindou toujours souriant. Tous deux sont sympathiques et sentent comme leurs bestiaux.

Nous chargeons les dromadaires avec nos affaires, la nourriture, les gamelles, les couvertures sans oublier les sacs de grains pour les bêtes.

C’est donc à plus de deux mètres du sol que nous découvrons le désert. Il s’étend à perte de vue, court à l’infini. Je mets mon walkman ; « groove is in your heard » du groupe Dee lite, retentit… Écouter cette musique qui passe dans toutes les boîtes de nuits des capitales occidentales, ici, au milieu de nulle part est complètement surréaliste. L’impression d’immensité est fantastique.

A la fin de la journée, quand les ombres s’allongent et que la lumière se fait ambrée, nous nous asseyons sur une dune, le regard perdu dans le soleil couchant. Le silence du désert a quelque chose d’irréel, pas un moteur, un animal, un oiseau ni même un insecte pour le troubler. Il peut même devenir oppressant. Nous rejoignons nos guides autour du feu pour manger et discuter. On se régale de samossas, de riz, de lentilles et de chapatis. Nous faisons tourner un joint, « thank you perry much my priend, is perry good medicine » déclare Ibrahim en dodelinant de la tête, le pétard en l’air. »

Les nuits sont froides, le turban devient alors une écharpe. Nous nous allongeons sur une couverture qui sent le chameau et en jetons une autre sur nous. Le ciel est magnifique. 

Dromadaire

Nous nous réveillons avec le soleil. Nos guides s’affairent déjà autour du feu et préparent des beignets et du tchaï. Ils proposent d’aller chercher de l’opium « perry good medecine, my priend, perry good ». Nous acceptons. Nous nous écartons de la route prévue pour rejoindre des villages perdus, coupés du monde. Les maisons sont en pisé ocre, décorées de dessins au henné. Les hommes, habillés de blanc, ont des turbans de couleur vive et les saris colorés des femmes tranchent sur l’ocre du désert. Après avoir visité plusieurs villages nous trouvons ce qu’il faut et regagnons la piste. Il y a peu d’eau par ici, nous remplissons nos gourdes d’eau fraîche aux rares puits que nous rencontrons. 

Trois jours après, nous ne supportons plus la bosse râpeuse du dromadaire, son lent balancement et le bruit qu’il fait quand il blatère en sortant sa grosse langue dans un bruit de chasse d’eau. J’ai mal partout. Je saute à terre et, tel Laurence d’Arabie, fièrement enturbanné, je marche en tirant mon chameau. Franck me rejoint. Nos guides ne comprennent pas pourquoi nous marchons côte à côte en discutant alors que nous payons pour une balade en dromadaire. Le soir, nous discutons autour du feu, le même sujet revient fréquemment : les femmes. Ils veulent tout savoir des Européennes. De mon côté, je leur dis que je trouve les Indiennes très belles mais plutôt farouches. Sandeep -qui a le cœur sur la main- me dit qu’il a un âne. A mon air dégoûté, il se rattrape en disant que « les ânes et les dromadaires, c’est plutôt les enfants qui font ça, pas les adultes, bien sûr »… Bien sûr ! Ibrahim me dit que si je veux Sandeep pour ce soir, il n’y a pas de problème. Je préfère changer de sujet.

 De retour, nous nous baladons dans le fort où nous connaissons maintenant plusieurs familles ; nous sommes invités ici et là pour prendre un tchaï. Nous prenons une boulette d’opium pour le coucher du soleil ; une sensation de paix nous gagne, l’esprit est clair et le corps merveilleusement détendu. Je suis léger, heureux, je regarde avec un grand sourire idiot les vendeurs me proposer leurs camelotes… »

 

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29Juil/20
Laos, pays au million d'éléphant

Le pays au million d’éléphants : le Laos

Au Sud-Est de l’Asie se trouve un pays traversé par le Mékong et réputé pour son terrain montagneux, son architecture coloniale française, ses monastères bouddhistes etc… Ce pays se nomme le Laos ou autrefois appelé le pays au million d’éléphants.

Extrait du livre « Et si c’était mieux là-bas » ?

« Quand les Français arrivèrent ici, le pays s’appelait Lanexane Laos roquet   (pays au million d’éléphants.) Le nom « Laos » vient du pluriel français de Lao en référence aux nombreux royaumes qu’il y avait alors. Les gens du pays disent « Lao » ; l’adjectif est également « lao ». Comme au Vietnam, on trouve ici baguettes et croissants. Il y a aussi un nombre incroyable de pharmacies et de sociétés d’import-export. Les vestiges de la guerre sont encore très présents : de vieilles plaques de désensablement américaines servent de haies à de nombreuses maisons. Des roquettes évidées sont devenues des pots de fleurs… 

En 1962, alors qu’une occupation communiste se dessinait au Laos, Kennedy émit l’idée d’une intervention. Une conférence internationale se tint à Genève et les pays participants signèrent un accord selon lequel le Laos resterait neutre. Pourtant jamais pays n’aura autant mérité le surnom d’échiquier : au plus grand mépris de l’accord signé, les Etats-Unis, le Nord Vietnam et la Chine posèrent, déplacèrent et y firent sauter leurs pions. Comme toute présence militaire y était interdite, la CIA -dans la plus importante opération paramilitaire jamais entreprise- entraîna et équipa une armée clandestine constituée d’ethnies des montagnes, principalement des Hmongs.

Supportée par des officiers de l’armée de l’air qui opéraient sous couverture civile, la CIA créa « Air America » une compagnie aérienne « civile ». De 1964 à 1973, il y eut au Laos l’un des plus gros trafics aériens au monde. Plus de cinq cent quatre-vingt mille vols meurtriers furent effectués : un bombardement toutes les huit minutes pendant neuf ans dans le plus grand secret.

Sur le chemin du retour, les avions revenaient les soutes pleines d’opium avec l’accord plus ou moins tacite de la CIA…

[…]

Luang Prabang est un petit paradis calme et vert, pour ainsi dire luang prabang laossans voiture ; la rue principale est bordée de frangipaniers et de belles bâtisses coloniales construites sous le protectorat français. A quelques pas seulement on retrouve la campagne lao avec ses charmants villages aux maisons de bois montées sur pilotis, ses mares couvertes de lotus et de liserons d’eau. Partout des moines en robe safran déambulent dans les rues ou psalmodient à l’ombre d’un banian (un arbre considéré comme sacré : Siddhârta aurait trouvé, sous son feuillage, l’Illumination pour devenir Bouddha)

Le Wat Xieng Thong est un somptueux monastère construit au XIVe siècle, c’est le plus beau temple que j’aie jamais vu. Les toits Temple wat xieng thong Laosincurvés semblent caresser le sol et les portes sculptées sont dorées à la feuille d’or. L’intérieur est tout aussi délicat, les murs sont couverts de motifs harmonieux, réalisés à la feuille d’or.

Au marché de Luang Prabang, on trouve de tout : serpents, tortues, insectes divers, œufs de fourmi… la nourriture est variée. Il y a aussi des balances à opium enfermées dans un étui de bois en forme de guitare. J’observe deux vieilles dames en costume traditionnel lahu qui pèsent tranquillement un morceau d’opium à l’aide de petits poids en forme d’oiseaux; elles surprennent mon regard incrédule et s’en amusent. Des marchandes yaos avec leurs bébés rieurs coiffés d’un bonnet à pompons, accrochés à leur dos sont assises à côté de Hmongs aux lèvres rougies par le bétel devant les étals de légumes posés à même le sol. On s’offre pour une poignée de kips (monnaie lao) de la soie sauvage aux dessins géométriques, magnifiquement tissés, de vieilles pièces de monnaie du temps des colonies, le tout dans des effluves de soupe à la citronnelle et à la coriandre qui mijotent sur des réchauds. Ici règne la philosophie du bo pen niang (ce n’est pas grave), qui fait des Lao un peuple indolent, souriant et pacifique ; sans doute l’un des plus doux au monde.

Nous partons ce matin avec un long bateau à moteur jusqu’aux grottes de Pak Ou. Circuler sur le Mékong permet d’admirer de magnifiques paysages dans une atmosphère sereine. Parfois un speed boat vient briser cette quiétude ; ce sont de petits bateaux pneumatiques qui transportent une demi-douzaine de passagers, chacun assis, genoux repliés sur la poitrine, avec casque et gilet de sauvetage. Ils foncent à une quarantaine de km/h.

Laos grottes de Pak OuLes grottes de Pak Ou se trouvent dans une falaise le long du Mékong. Nous y accédons par un escalier creusé à même la roche. En Asie, on dit « une statue de Bouddha, c’est beau, deux statues de Bouddha, c’est deux fois plus beau, trois… » Dans cette grotte, j’en découvre mille, certaines très anciennes en bronze, en pierre mais la plupart sont en bois dorés à la feuille d’or. C’est magnifique, mille fois beau. Ils ont une représentation du Bouddha qui n’existe nulle part ailleurs : debout, épaules droites, bras le long du corps, les lobes des oreilles allongés, les sourcils arqués et le nez aquilin : c’est la position dite de « l’appel de la pluie ». Sur les routes poussiéreuses, les gamins nous saluent de joyeux sabaidee falang. (Bonjour étranger). Chaque village possède son terrain de pétanque. On nous invite toujours à boire le thé, partager quelques patates douces…

Non loin de Vientiane, il y a un lac artificiel ; les besoins en électricité toujours plus importants de son riche voisin thaïlandais ont nécessité d’inonder une vallée. Plusieurs villages construits en bambou se sont établis autour. J’en traverse un, deux puis trois, tous sont semblables : pas d’électricité, paradoxalement, des odeurs appétissantes s’échappent des quelques gargotes. Devant une cahute aux planches disjointes avec un rideau rose embroché sur un fil de fer, quelques filles trop fardées discutent en attendant le chaland. Je trouve l’atmosphère bizarre ; c’est pauvre mais je repère quelques gros 4X4 rutilants et de gros camions chargés de bois.

On dirait un de ces villages de chercheurs d’or ; les gens ont l’air dur, certains sont armés, d’autres mieux vêtus semblent être des négociants. La dame qui me sert un plat de nouilles sautées m’explique le village en me disant d’observer le lac : au centre flottent quelques barques sur lesquelles des scaphandriers s’apprêtent à descendre. Ce sont des bûcherons sous-marins. Ils descendent couper des essences nobles, teck, camphrier, acajou… restées au fond. De temps en temps, dans un grand bouillonnement, un arbre jaillit de l’eau, droit, comme soulevé puis retombe lourdement dans un grand fracas avant d’être remorqué sur la berge. »

Retrouvez tous mes voyages dans mon livre « Et si c’était mieux là-bas ? ».

La totalité des ventes du livre est reversé à un projet humanitaire mon association Kayumanis.

15Juil/20
Le Dalaï Lama couverture

Rencontre avec le Dalaï Lama

Dharamsala est une ville au nord de l’Inde ; parfois appelée la petite Lhassa car elle est la terre d’accueil du 14ème Dalaï Lama. Je l’ai rencontré lors d’un de mes passages.

Extrait du livre « Et si c’était mieux là-bas » ?

« A Dharamsala, le chauffeur mettra plus d’une heure avant d’arriver à ouvrir son coffre déglingué et à nous rendre nos bagages… après cette nuit passée dans son bus cabossé, on a juste envie d’une douche et de se reposer. Une fois installés, nous buvons un thé et parlons avec le patron de l’hôtel, un Tibétain que nous connaissons bien pour avoir séjourné ici au cours de précédents passages. Il nous dit que le Dalaï lama donne une audience aujourd’hui. On y va. En chemin, on nous recommande d’acheter des Kataks (écharpes en satin ou en soie à offrir en guise de cadeau). Arrivés dans sa grande maison, nous laissons nos noms et numéros de passeport, passons une fouille sévère qui ne nous laisserait pas même un cure dent, abandonnons nos sacs et même nos montres.

Inde

Le Dalaï lama représente pour moi la bonté ; son visage rayonne de ce petit sourire humble et malicieux qui ne le quitte jamais. Il incarne la lutte non-violente pour le respect des droits de l’homme, pour le droit d’un peuple à vivre libre et en paix ; je le respecte infiniment pour cela. Au niveau religieux, par contre il ne signifie rien pour moi. C’est une autre histoire pour la masse de pèlerins tibétains présents ; ils sont intimidés, apeurés, ébahis ; ils n’en reviennent pas d’être là. Ils vont rencontrer l’incarnation de leur Dieu, l’être qu’ils vénèrent le plus au monde. Je les trouve touchants ; c’est sans doute le moment le plus important de leur vie.

Dans la file je commence à faire l’imbécile avec Sandrine en me moquant de la dégaine de certains (derrière leur dos, car je suis très lâche). Il y a deux Américaines déguisées en Tibétaines avec robe, tablier, chapelet : la panoplie complète, elles avancent mains jointes, le regard lointain. Non loin d’elles, une Française, chapelet et mains jointes également, perdue dans je ne sais quelles pensées également, perdue dans je ne sais quelles pensées mystiques. Il y a vraiment des cas ici !

Partout on retrouve ces attitudes vestimentaires à la Dupont et Dupond en mission secrète cherchant à se fondre dans la population mais tombant systématiquement dans le folklore. Les Américaines sont les championnes ; en Inde, elles portent le sari, au Maroc, le caftan et le foulard sans oublier les dessins au henné sur les mains. Bien sûr, il y a toujours des Européens prompts au carnaval mais ça reste l’apanage des Américains. Je me demande s’il ne s’agit pas d’un complexe dû à la manière dont leur gouvernement aime à s’imposer dans le monde. Nous leur avons même trouvé un nom : les « culture shock » en référence à cette expression qu’ils utilisent à tort et à travers (ils ont même un guide de voyage qui porte ce nom).

Comme tout le monde, nous tenons notre Katak à la main pour l’offrir mais un garde du corps nous intime l’ordre de nous le mettre autour du cou et de ne plus l’enlever.

– Eh Sandrine, regarde celui avec sa peau de mouton sur le dos, il est pas beau lui, franchement ? C’est le carnaval de Rio ! Attend, attend, je ne l’avais pas vu celui-là derr…

– Attention, Monsieur le malin, ça va être à toi ! m’interrompt-elle en riant.

Je me retourne, tends machinalement la main… au moine qui se tient à côté du Dalaï LamaDalaï lama. Je le regarde et me dis « merde, c’est pas lui » je pivote légèrement ma main, le Dalaï lama la sert dans la sienne et me sourit. Je me sens stupide, je lui rends un sourire qui me semble niais puis dois laisser la place au suivant, je ne l’ai vu que dix secondes (et encore, je me vante), je savais que ça allait vite mais quand même. On m’avait parlé de sa poignée de main ferme et de son regard direct, de l’aura qu’il dégage. Je n’ai rien senti de tout ça, il m’a fait un sourire chaleureux mais bon il salue quand même deux cent cinquante inconnus sur une matinée ! Beaucoup de Tibétains sortent en pleurs, les Américaines ont reçu la lumière.

Les gens qui changent de religion m’ont toujours amusé ; adopter une religion d’ici me semble vraiment saugrenu. Comme chez nous au Moyen Age, la religion n’est pas qu’un rituel, c’est un mode de vie ; tout le monde est croyant ici, la question de la foi ne se pose même pas. Elle est présente dans les arts, l’architecture, les contes pour enfants ou encore l’alimentation. Qu’un Occidental suive les principes philosophiques du Bouddhisme ou de l’Hindouisme, pourquoi pas mais qu’il s’habille comme les gens d’ici, fasse des offrandes au temple et prie avec ferveur des Dieux dont il a entendu parler la semaine dernière, ça tient du Grand Guignol.

Je considérais déjà la conversion au judaïsme comme une plaisanterie, une opération purement théorique : on suit la religion car on l’a étudiée mais ça s’arrête là ; qu’est-ce que le judaïsme sans en comprendre l’humour, sans connaître ces milliers de petites choses qui le composent ? Encore une fois, c’est une culture, ça ne s’apprend pas, ça se vit. Alors celui qui va deux fois en Inde et trouve sa voie, tant mieux pour lui mais moi, je ne peux pas m’en empêcher : je ricane. »

 

Retrouvez tous mes voyages dans mon livre « Et si c’était mieux là-bas ? ».

La totalité des ventes du livre est reversé à un projet humanitaire mon association Kayumanis.

07Juil/20
Cité Angkor

Angkor : Les cités des Nymphes célestes

Au Cambodge dans une petite ville du nom de Siem Reap se trouve les anciens vestiges d’une des capitales de l’Empire khmer : la cité d’”Angkor”. Un des paysages les plus extraordinaires et stupéfiants que j’ai eu l’occasion de voir.

Extrait du livre « Et si c’était mieux là-bas ? »

Vestiges cité Angkor« L’architecture est grandiose, la beauté des sculptures et des bas-reliefs rivalisent avec celles de nos plus belles cathédrales. Nous consacrons presque toute la journée à Angkor Vat, les bas-reliefs qui racontent guerres et conquêtes sont magnifiques ; les cours intérieures, l’escalade vertigineuse des marches abruptes et érodées des temples, les murs d’enceinte, tout est sculpté et raconte leur histoire.

Angkor Vat est construit suivant un plan rectangulaire d’à peu près un kilomètre et demi de côté ; Angkor Thom, qui l’entoure, est un carré deux fois plus grand. Le Bayon en est le centre exact avec ses seize tours carrées, chacune ornée de quatre visages de deux mètres de haut constitués de gros blocs de pierre. Les visages aux sourires énigmatiques fixent les quatre points cardinaux de leurs yeux d’aveugles. Certaines semblent sortir de la jungle, d’autres se détachent sur le ciel azur. Toutes ces tours dominent un labyrinthe de galeries obscures abritant des milliers de chauves-souris.

La moto permet de circuler facilement et rapidement entre les différents temples, le site s’étend sur plus de deux cents kilomètres carrés. Le lendemain matin, nous retournons au Bayon ; la lumière matinale fait ressortir les sculptures, le soleil levant anime les bas-reliefs.

Durant les deux années où je vivrai au Cambodge, j’y reviendrai plus d’une quinzaine de fois et le parcourrai du Nord au Sud et d’Est en Ouest. A chacun de mes passages l’émotion reste intacte ; je découvrirai sans cesse de nouveaux détails, de nouvelles beautés ; au gré de la lumière les bas-reliefs apparaissent sous un jour nouveau.

Les Apsara, ces danseuses célestes, taillées dans la pierre semblent charnelles Moine cité Angkoravec leurs hanches pleines, leurs lèvres pulpeuses et leurs seins si ronds qu’ils appellent aux caresses. Une chose me surprenait : pourquoi ce peuple, si souriant avait sculpté ces magnifiques déesses avec un visage si grave ? Sur les deux mille cinq cents Apsaras recensées à Angkor, aucune ne sourit. Aucune sauf une, et je me souviens de mon émerveillement lorsque je l’ai découverte sous une pluie de mousson entouré de cette odeur puissante de terre et de végétation. L’eau l’avait rendue noire et luisante. Splendide.

Mais de tous les temples, c’est le Ta Phrom qui garde ma préférence ; englouti sous la jungle, des lianes sinueuses lèchent les murs, se coulent dans les fresques. Les immenses racines des fromagers à l’écorce argentée, ont déchaussé les blocs de pierre, faisant s’écrouler des murs. Partout, une végétation luxuriante étend ses bras, détruisant petit à petit ce qu’il a fallu des siècles pour construire. Dans ce temple où le silence n’est troublé que par le chant de quelques oiseaux tropicaux, j’aurai chaque fois le sentiment d’être un explorateur du début du siècle.

J’apprendrai que les archéologues de l’école française d’Extrême Orient n’ont jamais cherché à le restaurer : d’une part, la tâche aurait été titanesque car les racines des arbres pénètrent tout sur des centaines de mètres, étouffent les pierres sous leurs tentacules ; d’autre part ils ont voulu le garder comme un exemple de la domination de la jungle sur le temple : si on n’y prend garde, en moins de dix ans, la jungle engloutirait le site. »

Comme dans chaque temple, une nuée de gamins en guenilles courent à notre rencontre en riant pour nous vendre des boissons et des souvenirs. Ils sont beaux les enfants khmers.

Le Phrea Khan est un autre très beau temple, il baigne dans une étrange lumière glauque, presque irréelle, une lumière d’aquarium ; le silence de la forêt accentue encore cette impression étrange.

Nous voulons voir le Bantey Srei -l’un de plus beaux paraît-il. Le problème est qu’il se trouve à plus de dix-huit kilomètres et les pistes de sable qui y mènent sont peu sûres. Nous y allons le lendemain. 

[…]

statue cité AngkorSe trouver enfin devant ce site extraordinaire et si difficile d’accès me donne le sentiment d’être privilégié. En khmer, Bantey Srei signifie « la citadelle des femmes » il s’agit de trois sanctuaires magnifiquement sculptés. Ici, il faut payer une « taxe » d’entrée ; je présente la lettre et nos cartes aux militaires dépenaillés qui jouent aux dominos à l’entrée. Ils la regardent de longues minutes à l’envers, faisant semblant de lire avec attention, puis nous laissent entrer. Le chef vient me trouver peu après pour une nouvelle tentative, il me demande d’abord des cigarettes, comme je n’en ai pas, il veut des dollars me dit qu’il est garant de ma sécurité et bla bla bla. Il conclut par un « donne-moi 20 $ » « écoute, si tu veux de l’argent tu en demandes au check point ». J’ai été ferme. Il y a quelques personnes mais ils sont plutôt à l’écart, Sandrine est près de la porte d’entrée à une vingtaine de mètres. Il regarde la crosse de son pistolet qui dépasse de son pantalon, puis me regarde, menaçant. « I don’t pay » dis-je décidé, j’avance et l’écarte de mon chemin. Il m’énerve ce con, qu’est-ce qu’il va faire ? Me tuer ?

Ce temple en grès rose est une merveille et superbement conservé. D’innombrables niches abritent des statues d’une extraordinaire finesse, je n’avais encore jamais vu un tel souci du détail, c’est de la dentelle. Bantey Srei n’est pas aussi grand que les autres mais il est l’un des plus beaux. C’est ici que Malraux était venu faire ses « emplettes » à coup de burin.

Pendant les années qui suivirent, l’accès à ce temple fut de nombreuses fois fermé statue cité Angkorpuis rouvert. Cinq mois après notre passage il y eut de gros problèmes : les policiers de Siem Reap autorisaient les touristes à se rendre à Bantey Srei contre trente dollars par personne pour leur « protection », ils gagnaient ainsi pas mal d’argent.

Mais un jour, un minibus de touristes fut attaqué au lance-rocket, une Américaine perdu la vie, les autres furent gravement blessés. Il y eut de nombreux commentaires dans la presse : Sihanouk avait déclaré la route officiellement ouverte et ses opposants, pour le gêner, auraient fait sauter le minibus. On émit aussi l’idée que l’Américaine décédée était une experte en stratégie militaire en mission au Cambodge. On apprit le fin mot de l’affaire plus tard : il s’agissait juste d’une guerre entre policiers. Un policier gagne une vingtaine de dollars par mois, il est obligé de trouver des « trucs » comme la corruption, le vol ou le racket pour pouvoir vivre. Comme ceux de Bantey Srei ne gagnaient rien, ils firent sauter le minibus. Depuis, les flics de Siam Reap partagent et tout va bien, ils sont copains.

Le vol de statues et de bas-reliefs est rapidement devenu à la mode ; voler une pièce est grave mais pire encore est de casser ou scier des morceaux car c’est alors irrémédiablement perdu.

Quand Malraux vint dérober des bas-reliefs, les temples étaient encore enfouis sous une jungle inextricable. Je ne lui cherche pas d’excuses, je replace les choses dans leur contexte. Il faut imaginer un temple dont on ne connaît même plus l’existence, perdu au milieu de centaines de kilomètres de jungle impénétrable ; cela paraît moins dramatique. Ce n’est plus pareil aujourd’hui. Les plus graves dommages sont causés par les paysans des environs qui pour le compte d’hommes d’affaires de Phnom Penh ou de Bangkok, cassent les bustes au burin, scient les têtes, pillent les temples pour quelques dollars. Cela ne peut se faire sans la complicité des gardes, des policiers et des douaniers.

Tout s’achète ici. C’est inacceptable mais l’hypocrisie du gouvernement me semble pire encore quand ils condamnent -à grand renfort de publicité- un paysan misérable qui cherche juste à survivre. Allez parler de conservation du patrimoine à quelqu’un dont la famille a à peine de quoi manger. Combien de fois ai-je vu des bas-reliefs, des têtes et bustes provenant d’Angkor, d’Inde, ou d’Indonésie chez des antiquaires en Europe ou aux Etats Unis ; et combien de fois me suis-je entendu dire « si ce n’est pas moi qui les vend, ce sera un autre ».

Nous finissons toujours la journée au sommet de la petite colline face au temple d’Angkor pour voir le soleil se coucher sur ses tours.

Nous irons aussi nous balader en pirogue sur le lac Tonle sap, au milieu des villages flottants de pêcheurs, des éleveurs de serpents et de crocodiles. Un soir où nous buvions un thé dans une de ces cabanes sur pilotis nous eûmes la chance d’assister à l’un des plus beaux spectacles dont la nature a le secret ; lorsque le soleil en se couchant, passe sous la barre de nuages, nous assistons -c’est très rare- à un « soir doré », c’est un phénomène qui n’existe que dans les régions de mousson, les couleurs deviennent rouges, violettes, jaunes, oranges ; l’air chargé de millions de gouttelettes se met à briller de l’intérieur, on se croirait dans un film féérique ; tous les Khmers sortent sur leur ponton pour assister au spectacle. »

Retrouvez tous mes voyages dans mon livre « Et si c’était mieux là-bas ? ».

La totalité des ventes du livre est reversé à un projet humanitaire mon association Kayumanis.