Chefchaouen, Maroc 2022, une autre manière de voyager

Il y a des années, j’avais été « pris en main » par un guide à Agra en Inde. Celui-ci m’a conduit vers les meilleurs endroits pour photographier le Taj Mahal. Il les avait préalablement repérés dans un livre.

Des lieux sur lesquels des photographes à force de temps, de patience et de recherche avaient réussi leurs plus beaux clichés : sous une arche afin d’encadrer ma photo, derrière un arbre pour lui donner plus de profondeur, à un point précis devant les fontaines où le mausolée se reflète entièrement, etc…

J’avais trouvé l’idée excellente car cela m’aurait pris des heures pour les découvrir et puis j’ai toujours aimé l’inventivité de l’économie de la misère…

Chefchaouen est connue au Maroc comme « la ville bleue ». Elle est merveilleusement photogénique.

Elle se trouve au Nord du Pays, non loin de Tanger, dans les montagnes du Rif. Tout autour poussent à perte de vue des champs de cannabis qui apportent une touche de vert à l’ocre des montagnes. Nous y passons quelques jours car l’endroit est agréable.

Je découvre ici un autre métier : « guide Instagram ».

Les guides amènent des touristes sur la dizaine de sites « Instagrammables » c’est-à-dire des endroits où des influenceuses plus ou moins célèbres se sont prises en photo et les ont postées.

Ils t’aident à prendre la pose, arrangent ta robe, ton chapeau, rectifient ton port de tête et te mitraillent avec ton portable.

J’avais vu cinq Chinoises toutes vêtues de robes rouges, jaunes ou encore vert éclatant portant de grands chapeaux assortis. Je trouvais leurs tenues étonnamment élégantes pour se promener dans un souk… En fait, elles sont venues pour se faire tirer le portrait aux mêmes endroits que leurs influenceuses préférées. La couleur de leur tenue avait été soigneusement choisie pour trancher avec le bleu des murs de la ville.

Elles attendent sagement, en file indienne que leurs amies aient fini pour prendre la pose à leur tour. Une fois le marathon Instagram terminé, elles sautent dans le bus pour Tanger (2h30) où les attendent sans doute leurs maris pour finir leur voyage.

Par curiosité, j’ai bu un thé avec Youssef, l’un de ces guides. Il vit de cela, me dit-il. Elles arrivent le matin, se font photographier et repartent ensuite.

Ce n’est plus le voyage, l’échange culturel, la découverte de la gastronomie ou de la musique qui compte mais la bonne photo au bon endroit !

J’ai toujours favorisé la rencontre avec l’autre. C’est cela plus que le reste qui m’attirait dans les voyages. Je pense pouvoir dire que je suis ouvert d’esprit mais là, je n’arrive pas à comprendre ce narcissisme, ce désintérêt de l’autre au bénéfice du sien.

Serais-je devenu un vieux con ?

Peut-être, mais pas sûr !